Thursday, December 12, 2019
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Attention au gaz vendu sur le marché noir

En cette période de pénurie, le commerce informel de produits pétroliers s’intensifie. Néanmoins, ces produits sont souvent mélangés avec d’autres…

By Televizyon Lakay , in ACTUALITÉS LOCALES , at September 14, 2019 Tags: , ,

En cette période de pénurie, le commerce informel de produits pétroliers s’intensifie. Néanmoins, ces produits sont souvent mélangés avec d’autres substances, ce qui menace la santé des moteurs de véhicules

En dehors du circuit formel, avec ses camions-citernes et stations à essence, on retrouve en Haïti du carburant exposé sur les trottoirs. Cette situation se généralise depuis quelques mois à cause de la rareté du gaz sur le marché.

Devant les « pompes », les files s’allongent à l’infini. Et rien ne garantit au citoyen qu’il réussira et combien d’heures ça lui prendra pour se frayer un chemin vers l’essence, source d’énergie la plus importante et socle sur lequel se repose le transport dans le pays.

Un carburant souvent de mauvaise qualité

À cause de ce « ratement », le marché noir prospère. «Je vends de l’essence depuis mars 2018 », déclare Mackendy Célestin, un jeune homme dans la trentaine, qui écoule le gaz dans des bidons orangés à l’entrée du Bizoton 51, sur la route de Carrefour. «Àl’époque, j’étais en 4e année en comptabilité. Ma mère qui est aussi commerçante était malade. C’est à ce moment que j’ai décidé de me lancer dans la vente de l’essence dans les rues.»

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En 2017, des études menées sur la qualité de l’essence consommée en Haïti formalisaient ce qui n’était plus un secret pour les mécaniciens : le gaz est de mauvaise qualité. Ce problème se prolonge dans le marché informel qui ne bénéficie d’aucun contrôle de qualité de la part des autorités. Pour grossir leurs bénéfices, la plupart des vendeurs rajoutent d’autres substances liquides, généralement de l’eau, dans l’essence.

« Personne ne m’a [jamais] vu en train d’ajouter de l’eau », se défend Mackendy Célestin. Il concède que certains clients se plaignent souvent de la qualité du produit, que lui-même n’achète pas toujours auprès des stations à essence.

Par ailleurs, les autorités ont récemment réactivé la loi du 20 décembre 1946 sur le marché noir. En début du mois, Me. Paul Eronce Villard, commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première instance de Port-au-Prince a rappelé à toute la population en général, aux responsables des compagnies pétrolières en particulier que le marché noir ou la spéculation illicite est interdit. Les contrevenants risquent jusqu’à trois ans de prison.

Les véhicules souffrent

Laurent Jn Célestin, un chauffeur de camionnette effectuant le trajet de Martissant 23 jusqu’à Carrefour Aviation, se rappelle avec regret avoir été contraint de changer le moteur de son véhicule neuf après seulement quatre ans de service à cause des problèmes provoqués par l’utilisation des mauvais produits pétroliers vendus dans les rues.

Techniquement, la pompe à injection installée dans les moteurs est une mécanique de précision qui ne supporte pas ce liquide mélangé, analyse Sébastien Jean-Julien, un mécanicien avec plus de 10 années d’expérience.

Il précise que le carburant de mauvaise qualité s’attaque à ces pompes et entraîne souvent des pannes plus importantes. Un véhicule au régime instable, qui perd de la puissance, souffre généralement d’une défaillance au niveau de la pompe à injection et c’est fort souvent dû au gaz altéré, explique le mécanicien.

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Plus en détail, ce breuvage apporte de l’oxygène dans le moteur. Ceci favorise le développement des micro-organismes qui se développent en se nourrissant du gaz. « Ces bactéries créent des déchets (excréments), sortent de filaments marron, qui colonisent le circuit de gaz, le bouchent et le corrodent », explique Junior Renaudin, technicien en mécanique auto.

Comment faire le nettoyage ?

Les moteurs détestent l’eau, rappelle Sébastien Jean-Julien. Ils sont donc équipés d’un filtre qui retient le corps étranger contenu dans le carburant. « Votre moteur ne s’en portera que mieux si vous vidangez régulièrement, au moins deux fois par an [et remplacez] le filtre à gazole. » Il ne faut pas attendre que le voyant du filtre s’allume, prévient le technicien.

Purger entièrement le réservoir demeure une option, renchérit Junior Renaudin. Puisque l’eau trouve refuge dans le bac de décantation du filtre à essence, « il suffit de desserrer le bouchon placé au plus bas, en dessous ou sur le côté, et de [la] laisser couler en actionnant la poire d’amorçage ou en mettant le contact sur les véhicules équipés d’une pompe de gavage électrique et de le resserrer dès que le carburant s’écoule. »

Photo couverture : HPn