Wednesday, February 26, 2020
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La subvention des produits pétroliers en Haïti ; Nécessité de stopper cette hémorragie

Le pétrole brut est un fluide constitué principalement d’hydrocarbures ; il contient également des composés organiques soufrés, oxygénés et azotés….

By La Redaction , in ACTUALITÉS , at February 9, 2020 Tags:

Le pétrole brut est un fluide constitué principalement d’hydrocarbures ; il contient également des composés organiques soufrés, oxygénés et azotés. C’est une énergie fossile, son usage remonte à l’antiquité.

Les civilisations mésopotamiennes s’en servaient comme produit pharmaceutique, cosmétique, comme combustible pour les lampes à huile et dès 6000 av. J.-C. pour le calfatage des bateaux. Les Égyptiens employaient de l’asphalte pour la momification. Diodore et Strabon écrivent que du bitume était utilisé dans la construction des jardins suspendus de Babylone ; le cylindre de Cyrus en atteste également. Mais son importance commerciale et industrielle croît à partir du 27 août 1859 lorsque le précieux or noir a jailli à Titusville, une petite ville du sud de la Pennsylvanie. A l’origine de cette découverte, on trouve un juriste de New York, George Bissel, un banquier de New Haven, James Townsend, un professeur de Yale, Benjamin Sillman, et un aventurier originaire du Vermont, Edwin Drake, dit le « colonel Drake », qui fut à la fois le propagandiste et l’homme à tout faire de l’entreprise.  Celui-ci extrait pour la première fois du pétrole par forage, à une profondeur d’une vingtaine de mètres, à Titusville, en Pennsylvanie.

 La révolution industrielle et l’accroissement de la population offraient au pétrole un marché potentiel considérable. Le XXème siècle fut qualifié le “siècle du pétrole”. Les crises de l’approvisionnement pétrolier des années 1970 ont été révélatrices sur plusieurs plans. Il y a eu prise de conscience que les ressources énergétiques fossiles ne sont pas illimitées, que leur consommation sans précaution entraînerait leur raréfaction et l’augmentation de leur coût, que la concentration des ressources les plus importantes dans certaines zones géographiques peut entraîner de graves crises économiques et politiques. En effet, le pétrole est, sans contredit, une matière première stratégique, tant par sa fonction énergétique dans un grand nombre d’activités ou dans les secteurs industriels (pétrochimie), que par les montants qu’il représente dans le commerce international. La caractéristique principale du secteur de l’énergie est qu’il produit des rentes étant donné qu’il est la principale source d’énergie utilisée dans le monde, sa production a atteint 84 millions de barils par jour en 2005. Si près de 59% du pétrole mondial est consommé par le secteur des transports (fret routier, véhicules, navires, avions), il est également destiné à d’autres usages. En ce sens, un grand nombre de produits qui nous entourent sont fabriqués à partir du pétrole comme la plupart des matières plastiques, des solvants ou des cosmétiques. Environ 99% des matières plastiques et une majorité des textiles (nylons, polyesters, etc.) sont issus de la pétrochimie. Par ailleurs, la pétrochimie permet aussi de produire des détergents, des caoutchoucs, des adhésifs et même des médicaments. Donc, le pétrole est un produit transversal et indispensable à la dynamique sociale.

Haïti fait partie des pays consommateurs des produits pétroliers d’où l’évolution des prix et la situation du marché recèlent essentiellement des enjeux économiques. Toutefois, il faut souligner que les scientifiques Daniel et Ginette Mathurin ont affirmé que le sous-sol haïtien est riche en hydrocarbures et en combustibles fossiles qui ont été répertoriés par des spécialistes étrangers et haïtiens. Ces derniers en ont révélé plus de 20 sites pétrolifères tout en précisant que cinq d’entre eux sont jugés de grande importance. Pour montrer l’intensité de ces gisements de pétrole haïtien, ils font la comparaison à ceux du Venezuela estimant que les réserves pétrolifères d’Haïti sont plus importantes que ce dernier. Sur cette même veine, d’autres témoignages rédigés par Georges Michel (journaliste, médecin et intellectuel), alertait les communautés noires sur la scène internationale. Dans son rapport, il explique que déjà au début du XXème siècle, la carte physique et politique de l’Ile d’Haïti, dressée en 1908 par Messieurs Alexandre Poujol et Henry Thomasset, signalait un important gisement de pétrole en Haïti au voisinage de source du Rio Todo El Mondo, plus connu aujourd’hui sous le nom de Rivière de Thomonde. Toujours est-il qu’Haïti n’exploite pas ou n’exporte encore officiellement des ressources énergétiques. Ce qui fait que les compagnies locales importent régulièrement et dans l’ordre du possible des produits pétroliers.
Dans l’exercice des programmes d’ajustement structurel prônés par les institutions financières internationales, l’Etat haïtien avait libéralisé en 1991 le marché des produits pétroliers tout en se réservant le droit d’administrer le prix de vente de ces produits. Le 9 mars 1995, a été publié un décret sur les droits d’accise variables selon lequel les prix à la pompe devraient être réajustés selon la marge de +- 5 % quand le prix varie sur le marché international, décision qui a été appliquée en janvier 2003. Mais depuis le séisme du 12 janvier 2010, les prix à la pompe en Haïti n’ont pas changé. Cette stabilité des prix des produits pétroliers sur le marché local est résultante de la non-application du décret du 9 mars 1995 et donne lieu à des pertes de recettes de plus en plus importantes pour le Trésor public, évaluées à 6.1 milliards de gourdes en 2012, soit 1.8 % du PIB. La subvention en Haïti prend de l’ampleur d’une année à une autre. Au cours du mois de mai 2019, selon un rapport de la direction de l’inspection fiscale du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), le gouvernement haïtien a connu un déficit de 160.54 gourdes sur le gallon de jet, 158.5 gourdes sur le diesel et 192.17gourdes sur la gazoline. Ce qui explique que, selon le Directeur général, Me Ignace St-Fleur, le manque à gagner pour ces trois produits rodant autour de plus de 500 gourdes. Ce qui fait chaque mois l’État central subventionne l’essence à la pompe à hauteur de 4 milliards de gourdes environ soit près de 42 millions de dollars américains. Grosso modo, de mars 2010 jusqu’à aujourd’hui, l’Etat central perd 103 milliards de gourdes dans la subvention des produits pétroliers (MEF). Il faut 94 gourdes pour un dollar et comme nous importons presque tout, l’inflation continue de grimper à raison de 1.6% par mois (IPC, IHSI) et seuls les prix à la pompe n’ont pas augmenté. Ce qui représente une pierre d’achoppement pour les différents gouvernements qui se sont succédés.

La subvention des produits pétroliers devient un sujet d’intérêt public. On est en droit de se questionner sur l’utilité et la pertinence  de ladite subvention puisque Haïti reste le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 870 $ en 2018 et un indice de développement humain le classant 168 sur 189 pays cette même année. Plus de 6 millions d’Haïtiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2.41 $ par jour et plus de 2.5 millions sont tombés en-dessous du seuil de pauvreté extrême ayant moins de 1.23 $ par jour (Banque mondiale). Suivant ce triste constat, faut-il bien que l’Etat arrête de jeter cette somme faramineuse (4 milliards de gourdes environs par mois) par la fenêtre. D’ailleurs, les subventions  profitent aux groupes à revenu plus élevé soit 20 % des plus riches bénéficient de 61 % des subventions à la gazoline alors que les 20 % des plus pauvres n’en bénéficient que de 3 %  et 20 % des plus riches bénéficient de 42 % des subventions au diesel alors que les 20 % des pauvres n’en bénéficient que de 7 % (Banque Mondiale).  Au fait, même si l’Etat se donnait les moyens de sa politique pour cibler et traquer les contrebandiers, ceux qui ne paient pas les impôts et ceux qui détournent les deniers publics en vue de faire rentrer plus d’argent dans ses caisses, cela ne suffirait pas à empêcher un manque à gagner dans les finances publiques si les autorités tiennent encore à cette subvention inéquitable. 

En somme, l’Etat haïtien doit envisager de mettre en œuvre un mécanisme d’ajustement automatique des prix du diesel et de la gazoline qui s’adapte à l’évolution des prix sur le marché l’international et aux variations des taux de change. En outre, il doit mettre sur place les mécanismes de ciblage pour allouer la subvention de telle sorte qu’elle bénéficie aux plus nécessiteux qui doivent déjà s’adapter à un taux d’inflation de 20 % et la perte inéluctable de leur pouvoir d’achat. En ce sens, il doit subventionner de manière significative le kérosène et le propane. Ensuite, investir dans le domaine de la promotion et la protection sociale afin d’apporter une amélioration à la condition matérielle d’existence des ménages. Car, suivant les indicateurs économiques, la situation est chaotique. Donc, pour pallier à cette réalité, il faut dépolitiser la question de la subvention des produits pétroliers pour en faire une affaire d’Etat. Sinon, aucun Président ou aucun gouvernement haïtien ne pourra répondre aux desideratas du peuple haïtien et le pays continuera à faire sa descente aux enfers. 

Jacques Lauture
Sociologue de formation
Tél :(509) 3729-7738/4870-0649
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