Wednesday, February 19, 2020
Ann ret konekte ak Peyi w


Michael Lucius: Pars en paix camarade de ce pays à l’agonie !

Tel un tsunami, ton départ a dévasté mon âme ! par Me Elco Saint Amand Dimanche 22 décembre 2019 ((rezonodwes.com))–…

By Rezo Nodwes , in ACTUALITÉS SOCIETÉS , at December 23, 2019

Tel un tsunami, ton départ a dévasté mon âme !

par Me Elco Saint Amand

Dimanche 22 décembre 2019 ((rezonodwes.com))– Ton départ forcé, concocté, planifié, comploté et voire même banalisé se propose de voir plus clair la longueur des mains des femmes et hommes petits mais puissants qui contrôlent la gestion de l’assassinat, de la criminalité et de la sécurité publique.

Ton assassinat est un fait divers, toi qui croyais en cette Police de Justice, et fus l’un des meilleurs des cadres supérieurs.

Camper, mon camarade de promotion en Sciences Politiques à l’INAGHEI, en le faisant, je me sens à la fois révolté et abattu.

Tu fus pour moi, un athlète de la pensée et de la détermination. Ton assassinat est une énergie éteinte pour l’instauration de la Nouvelle Haïti.

Je suis conscient que ma révolte laissera indifférent à peu près tout le monde en Haïti. Mais, je le fais par respect pour des têtes pensantes haïtiennes et bien remplies. Tu en fus, une. Les décisions qui émanent de la raison sont dures et parfois très douloureuses mais elles sont justes.

Cependant, comme tu me l’as toujours reproché à travers nos interminables discussions analytiques, je n’abandonne jamais mes convictions – je suis un homme de lignes. Je m’accroche à l’équilibre du vrai ce, en toute circonstance – je reste entier même devant l’inacceptable. Tu pars trop vite, trop jeune, trop dévoué … et, je m’ enrage à l’idée que tu ne trouveras pas justice. Aucune justice ne te sera rendue par ces “Magistrats a sapate rampant comme des vipères” comme propos lancés par toi-même lors de tes déboires dans les années 2006/2007.

Je comprends la profondeur de tes regrets mon frère, mais tu es déjà parti… Tu as passé une bonne partie de ta vie professionnelle au sein de la Police Nationale D’Haïti (PNH) et pourtant, cette institution a pris plus de 5 jours après ton assassinat brutal pour faire sortir “une note laconique et insignifiante” – d’ailleurs quelle note?  – aucune enquête n’est encore initiée. Et, ne sera jamais initiée. Toi, qui as construit de ta main et de ton cerveau  le Bureau de Renseignement Judiciaire (BRJ) et tu n’auras aucune enquête diligentée sur ta mort tragique – quel cynisme?

Michael mon frère, il y a de cela, une année depuis notre dernière conversation où tu souhaitais que je retourne au pays et, je te disais “NON” et que tu me donnais en exemple ta volonté de ne plus laisser Haïti même après cette tentative d’assassinat de 2007. Tu as choisi la mort, ce fut ma réponse. Et, malheureusement, ce temps affreux s’en vient le 2 décembre dernier. Je garde encore nos conversations écrites… Tu gardais foi en une institution piégée, pourrie, indisciplinée et politisée, la PNH! Tu fus tout seul. Tu y as laissé ta peau.

Face à la déraison et à la faillite de l’Etat et également à la dérive inquiétante de la société haïtienne en pleine mutation, je, ton camarade de classe, crois qu’il est de mon devoir de griffonner quelques lignes pour crier “halte là” – ton assassinat est un de plus.  Il faut que cela cesse. Ainsi ma conscience se révolte-elle – ta mort est un grain séché sur la véranda de l’histoire. Tu es qui? – Personne, dirait-on ceux qui t’ont assassiné. Qui se souviendra de toi?  “Anyone!” Il est trop facile de tuer… pour se donner le champ libre aux bêtises.

Ce sont ces valeurs qui sont mises à l’épreuve aujourd’hui, c’est le rêve haïtien qui est en péril… En regardant, ton corps allongé par terre comme un vulgaire personnage, un quidam, un « koko rat »  maculé de sang faisant l’objet de ridicule où la cacophonie des commentaires ne fait que renforcer mon choix de s’exiler – oui de recommencer. Ton assassinat faisait l’objet du sensationnalisme sur les réseaux sociaux, ce poison réel de l’heure. Ils t’ont doublement assassiné. À le regarder mon indignation est sans fin. Ma rage est plurielle et totale.

Inutile de mentionner ton parcours scolaire, académique et professionnel, tu fus un modèle de réussite intellectuelle. Michael et moi, sur l’insistance de notre Professeur Augustave Céradieu, nous avions été participés à un concours d’admission au Ministère des Affaires Étrangères où lui fut le premier lauréat et moi le second… on ne nous a jamais appelés. Pris d’indignation, il est allé dans la police et moi à l’Ecole de la Magistrature.

Michael et moi, nous avons eu une longue camaraderie qui se résumait par des discussions sur divers sujets, dont particulièrement ceux concernant les problèmes souvent dramatiques, qui accablent notre société meurtrie par l’insouciance. D’une même voix nous savions depuis la terrasse de l’INAGHEI déploré amèrement l’absence irresponsable de volonté politique des dirigeants de leurs trouver des solutions appropriées pour le devenir de la République d’Haïti.

L’hommage que je rends à mon camarade de classe, en plus d’être teinté d’admiration méritée pour tout ce qu’il fut pour moi, se veut par dessus tout, un cri d’indignation profonde: “tu pars en exil ou tu te fais assassiner”. Tu te fais assassiner…!

Ton assassinat Michael, revêt immanquablement un caractère bouleversant, qui me plonge dans la plus profonde consternation à l’idée de me rendre en Haïti un jour et je ne te verrai plus: vivant! On t’a enlevé la vie avec brutalité, mon frère. Quelle fierté pour tes assassins: tu n’existes plus… comme si ta mort va changer quelque chose  – comme si ta mort arrêtera la leur. Une absurdité de la mafia haïtienne.

Dans cette optique incontournable et inconfortable, le gouvernement ne dit rien… pour ce gouvernement tu n’étais qu’un vulgaire passager! Je me souviens de cette photo prise au Parlement haïtien et postée sur ta page Facebook, le jour de la prestation de serment du président Jovenel Moise. Tu te sentais fier, mon frère. Probablement, tu te bourrais d’illusions – ton savoir est un crime, mon ami. Aucune note officielle de la Police Nationale D’Haïti voire du gouvernement annonçant la date de tes funérailles! On t’oublie déjà – voilà, mon frère: “ou mouri pou 2 po bouda w, pou fe neg ak fanm sot, koronpi, dwog dilè, asasen, imoral, trèt, engra, demagog nan politik ayisyen plezi .” Toi qui fus le Directeur de la Police Judiciaire (DCPJ)… tes assassins courent encore les rues en toute impunité. Et, ils ne seront pas arrêtés et traduits par devant la justice. Tu ne devais pas être policier car, un homme de pensée comme toi ne fus pas à sa place dans cette galère. Politologue – avocat que tu étais?

Toi qui ne laisses pas indifférent tes pairs. Ta façon de livrer tes sentiments souvent de façon tranchante et directe ne plaisait pas à tous… À noter, ta dernière intervention à la radio où tu échangeais avec l’ancien député Arnel Bélizaire. Ce fut une erreur monumentale. Ton côté mordant fuse et brise le miroir de ta vie. On t’a cassé le dos vers le ciel.

Ayant le courage de mes convictions et la conviction de mes opinions, je me suis exilé pour pouvoir voir grandir mes enfants. Michael, tu étais trop ouvert sur le monde pour choisir de rester en Haïti? – de 2007 au 1er décembre 2019 tu as eu le temps de laisser la table des copains coquins. Et, tu ne l’as pas fait… sans aucun blâme, je te cite et pointe, mon frère. Toi, mon brillant camarade qui croyais à l’éducation universitaire pourquoi n’étais-tu pas resté en France pour tes études de Doctorat? – tu pouvais en être utile ailleurs, là où les valeurs sont respectées et mises à profit!

Je crois à l’esprit vivant des morts, je te dédie toutes futures études post-universitaires que j’aurai à effectuer: tu seras ma motivation et je garderai tes conseils, mon frère.
Pars en paix mon ami-frère, dans ce pays tourmenté… juste avant de te dire adieu, je demanderais aux Héros de la Patrie de t’accueillir au son des tambours et des trompettes là, où ils se trouvent, en digne fils et héritier de la République des nègres libres… gérés par des esclaves mentaux.

Adieu camarade! Adieu confrère, avocat! Adieu collègue, politologue! Adieu à un ami! Adieu mon frère et pars en paix car les Anges du ciel t’attendent pour le grand festin divin. 

Pars en paix, ton assassinat est un de plus…! Et, malheureusement ta famille ne trouvera pas justice, et tu ne seras pas ni le premier, ni le dernier ?

Me. Elco Saint Amand, av.