Wednesday, February 19, 2020
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Rony Blain : Aujourd’hui, il n’y a que deux chemins à suivre, la révolution ou l’abîme

New York, vendredi 6 décembre 2019 ((rezonodwes.com))– Aujourd’hui, une révolution balaie Haïti. Dans tout conflit, les dégâts collatéraux sont aussi…

By Rezo Nodwes , in ACTUALITÉS SOCIETÉS , at December 7, 2019

New York, vendredi 6 décembre 2019 ((rezonodwes.com))– Aujourd’hui, une révolution balaie Haïti. Dans tout conflit, les dégâts collatéraux sont aussi importants que les pertes interarmées. Et, quand on est engagé dans une mauvaise passe, on fait diligence de s’en sortir. On ne passe pas son temps à maudire les mauvaises conditions.

Vivant à l’étranger, je suis mal placé pour dire comment il faut mener l’actuelle révolution. Notre système politique accouche de fausses élections d’où émergent de piètres dirigeants.  Cependant, je hâte de voir un changement véritable qui engendrera la prospérité nationale.

Analyste politique, je suis affecté par cette machination électorale. Après chaque élection, on se voit obligé d’accorder un sursis de deux ans au président élu. Dès qu’on commence à questionner son bilan, on nous dit d’attendre les prochaines élections. Le temps passe, les promesses s’accumulent. De 1986 à nos jours, plusieurs générations ont vécu ces déboires, ces échéances qui amènent la déchéance. Tout est en hausse : inflation, insécurité, insalubrité, obscurité, perversité, impunité et corruption. Ce qui explique la nervosité de la rue nationale.

D’un côté, je fais du souci pour les enseignants qui sont privés de salaires depuis des mois. De l’autre, je pense aussi à des employés du secteur public qui en temps normal reçoivent leurs salaires après plus sept mois d’arriérés, même quand l’argent de petrocaribe coulait à flot.  Je m’apitoie aussi sur le sort des travailleurs dont les entreprises ont fermé leurs portes définitivement, sans oublier ceux qui n’ont jamais eu de salaire et qui n’en auront pas. 

Monsieur ! Le plaidoyer en faveur de la reprise des cours publié dans deux quotidiens de la Capitale accuse une violation flagrante aux normes éthiques. Vous ignorez que cette discontinuité émane des circonstances indépendantes à l’éducation soit une insurrection populaire qui force les institutions académiques à fermer leurs portes.

Avant la fermeture des classes, le pays était déjà au bord de la faillite. Des tueries ont endeuillé les quartiers populaires. Par exemple, quand la Communauté internationale exige que la lumière soit faite sur le massacre de La Saline, on organise maints autres, pour pouvoir effacer le premier. Les forces de l’ordre ont perdu le contrôle de la route de Martissant depuis plus de cinq ans.  Les bandits sont autorisés à rançonner, exécuter et incendier. Au centre ville, on a tué, on a tranché la tête des marchandes. Personne n’a rien vu. A cause des barricades, les routes coupées, beaucoup de planteurs ont perdu leurs récoltes.

L’éducation ne représente pas une priorité dans la crise actuelle. Avant toute autre considération, il faut étudier un plan de sortie de crise. Nous devons éviter de tomber dans l’absurde en nous éloignant des causes premières.

L’État est le régulateur de l’éducation, dans la mesure qu’il propose un programme, il accorde des permis de fonctionnement aux écoles, tout en se réservant le droit d’organiser des examens officiels.

Si dans les pays en guerre, les écoles sont ouvertes, semble-t-il que nous sommes différents des autres peuples.

Habituellement, les grands conflits polarisent l’opinion publique. Chez nous, la majorité silencieuse forme une catégorie hostile par son inertie. Elle ne se rend pas aux urnes, n’appuie non plus le mouvement de changement. Il s’agit de gens dont les vicissitudes nationales ne les affectent pas. Ainsi, ils veillent dans l’indifférence en se contentant du peu qu’ils possèdent.

L’école haïtienne est un pansement qui cache une plaie béante. Les portes que vous voulez rouvrir sont celles que la population a fermées.

Savez-vous que depuis la fermeture des universités, la plupart de vos élèves ont cessé de se prostituer, car l’école les avaient réduits à la prostitution?

L’Université d’État, elle-même est en putréfaction. Depuis des années et des années deux directeurs se succèdent à la tête de l’institution. Quand le mandat de l’un expire, l’autre reprend. Plusieurs étudiants ont perdu la vie à cause de cette dynastie académique.

Pourquoi, les professeurs qui vivent de ce système n’ont rien fait pour le sauver?

Monsieur, toutes nos institutions sont désaffectées, il est temps pour l’école de fermer aussi ses portes. L’heure est à la réflexion. Qu’allons-nous faire du pays?

Il faut trouver un moyen pour placer la majorité silencieuse face à son devoir. Elle ne vit pas seulement du pain quotidien, mais aussi de ses mesquineries séculaires.

Enseigner entre ces carcasses de bancs ou les élèves sont suspendus comme des lambeaux, projette l’horreur d’un génocide académique. Au nom de l’éducation, nous avons placé la famille haïtienne dans la prostitution formelle.

L’école rouvrira ses portes demain, mais les fermera après. Nous avons perdu nos industries, notre agriculture, nos beaux quartiers. La fermeture des établissements scolaires représentent la dernière touche pour rendre le crime parfait.

Trop de citoyens sont tués en prison pour vouloir changer le système. Trop de nos concitoyens ont péri en mer pour fuir le système. Maintenant, il est venu le temps de s’emparer du système, pour le pendre sur la place publique.

Tant qu’il est permis à la majorité silencieuse de se caserner chez elle attendant la fin des hostilités pour refaire surface, Haïti sera toujours une porcherie.

Aujourd’hui, il n’y a que deux chemins à suivre : la révolution ou l’abîme.

L’avocat doit enfiler sa toge, le prêtre sa robe, l’écolier son uniforme pour se diriger droit au palais national afin de déloger le tyran.

Le sang coulera mais la victoire flottera au mât de la nation.

Rony Blain
Lettre ouverte ♪ Watson Denis