Au Collège Canado-Haïtien, la Semaine en LAC ouvre un espace de réflexion sur les médias, l’identité et la responsabilité des jeunes
Dans le cadre de la 11e édition de la Semaine en LAC, acronyme de Lettres, Arts et Culture, le Collège Canado-Haïtien a proposé à ses élèves une activité d’une grande portée intellectuelle en invitant John Boisguéné, technologue haïtien, à intervenir autour d’un thème particulièrement actuel : « L’éducation aux médias en préservation du patrimoine axiologique haïtien ». Organisée cette année sous le thème général « Identité et patriotisme dans le contexte de crise actuelle », cette initiative s’adressait aux élèves de Secondaire III et IV et s’inscrivait dans une démarche de formation qui dépasse largement la seule transmission des savoirs académiques.

La Semaine en LAC occupe, au sein de l’établissement, une place singulière. Elle ne constitue pas seulement un moment de respiration dans le calendrier scolaire. Elle se veut un cadre de réflexion, d’ouverture et d’élévation, destiné à exposer les apprenants à des enjeux qui touchent à la culture, à la pensée, à la sensibilité et à la responsabilité. Le Collège Canado-Haïtien présente d’ailleurs cette manifestation comme une occasion de sortir de l’enseignement classique et ordinaire afin d’ouvrir les jeunes esprits aux réalités du monde des lettres, des arts et de la culture, tout en renforçant chez eux la curiosité, le goût du beau et le sens du leadership responsable.

C’est précisément dans cet esprit qu’il faut comprendre le choix, cette année, d’y faire entrer la technologie. Loin d’être un ajout superficiel ou un simple clin d’œil à la modernité, cette orientation apparaît comme une décision profondément cohérente. Aujourd’hui, la culture ne se transmet plus seulement dans les livres, les salles de classe ou les échanges familiaux. Elle se joue aussi dans les écrans, dans les réseaux sociaux, dans les vidéos courtes, dans les messages viraux, dans les images qui circulent à grande vitesse et dans les modèles qui s’imposent parfois sans recul dans l’univers mental des jeunes. Introduire la technologie dans une semaine consacrée aux lettres, aux arts et à la culture revient donc à reconnaître que les grands combats de notre temps se mènent également dans l’espace numérique. Parler d’identité, de patriotisme et de valeurs sans parler des médias aurait laissé de côté un levier désormais central dans la formation des consciences.
La présence de John Boisguéné à cette activité a donné une tonalité particulière à la rencontre. Présenté comme technologue, il intervenait sur un terrain qui lui permettait de relier la technologie à des questions de société, d’éducation et de responsabilité. Son approche n’a pas consisté à diaboliser les outils numériques ni à céder à un enthousiasme naïf devant les mutations technologiques. Elle a plutôt reposé sur une idée de fond : les médias ne sont pas de simples canaux de diffusion. Ils influencent les comportements, orientent les perceptions, installent des modèles, déplacent les repères et participent, parfois en profondeur, à la manière dont une génération comprend le monde.

Le sujet a ainsi été abordé sous l’angle du discernement. Au lieu de réduire la question à un usage technique des plateformes, l’intervention a mis en lumière la nécessité, pour les jeunes, d’apprendre à lire ce qu’ils regardent, à interroger ce qu’ils reçoivent, à vérifier avant de partager et à ne pas prendre pour vérité tout ce qui circule avec force dans l’espace numérique. Dans un monde saturé d’images, de réactions rapides et de contenus conçus pour capter l’attention, l’éducation aux médias devient une forme essentielle de protection intellectuelle. Elle apprend à distinguer l’information de l’influence, la réflexion de la réaction, la vérité de ce qui n’est parfois qu’apparence, émotion ou répétition.
L’un des points les plus importants de cette activité réside dans le lien établi entre les médias et le patrimoine axiologique haïtien, autrement dit l’ensemble des valeurs, des repères moraux, des références et des principes qui structurent une communauté. En choisissant ce sous-thème, le Collège Canado-Haïtien a rappelé qu’un peuple ne se maintient pas seulement par ses symboles visibles, mais aussi par ce qu’il transmet dans sa manière de penser, de parler, de respecter, de juger et de vivre ensemble. Dès lors, l’éducation aux médias ne relève pas seulement d’une prudence technique ; elle touche directement à la préservation du jugement, de la dignité, de la mesure et du sens critique.
À travers cette réflexion, les élèves ont été amenés à comprendre que leur rapport quotidien aux contenus numériques n’est jamais neutre. Ce que l’on regarde de manière répétée, ce que l’on admire sans distance, ce que l’on relaie sans vérification ou ce que l’on banalise sous couvert de divertissement peut finir par influer sur la manière de penser, de parler et même d’évaluer le monde. L’activité avait donc une ambition bien plus large qu’une simple sensibilisation aux réseaux sociaux. Elle visait à faire saisir aux élèves que la liberté, dans l’univers médiatique contemporain, ne consiste pas à tout consommer, mais à développer une capacité de recul, de sélection et de résistance face aux influences qui cherchent à s’imposer.

Dans le développement du sujet, plusieurs lignes de force ont émergé. D’une part, la nécessité de ne pas confondre popularité et valeur, viralité et vérité, visibilité et profondeur. D’autre part, l’importance de préserver une relation exigeante à la langue, à l’identité et à la culture, dans un environnement où l’imitation et la superficialité peuvent facilement prendre le dessus. Enfin, l’idée que la technologie peut devenir un puissant outil de formation, de création et d’ouverture, à condition qu’elle soit utilisée avec intelligence, discipline et sens des responsabilités.
Les conseils transmis dans ce cadre apparaissent particulièrement utiles dans la vie quotidienne des élèves. Vérifier avant de partager. Refuser de faire de la honte d’autrui un spectacle. Choisir des contenus qui élèvent plutôt que des contenus qui vident. Prendre le temps de réfléchir avant de réagir. Comprendre qu’un message viral n’est pas nécessairement un message juste. Apprendre à faire de la technologie non un espace d’abandon de soi, mais un instrument d’apprentissage et de construction personnelle. À travers de tels repères, l’intervention de John Boisguéné a contribué à montrer que l’éducation aux médias n’est pas un supplément, mais une composante de plus en plus essentielle de la formation de la jeunesse.
La portée de cette activité tient aussi au fait qu’elle s’inscrit dans un contexte national où les crises multiples fragilisent les repères collectifs. Dans un tel climat, aider les jeunes à maintenir une relation rigoureuse à l’information, à la vérité et au jugement n’a rien d’accessoire. C’est au contraire une manière de fortifier leur conscience civique. Une jeunesse capable de lire son époque avec lucidité, sans se laisser emporter par toutes les pressions de l’instant, constitue déjà une ressource précieuse pour l’avenir du pays.
En intégrant cette réflexion à la Semaine en LAC, le Collège Canado-Haïtien a donc posé un acte pédagogique significatif. L’établissement a rappelé qu’une école n’a pas seulement pour mission de transmettre des contenus scolaires, mais aussi de former des esprits capables de comprendre les mécanismes du temps présent. En associant Lettres, Arts, Culture et technologie, il a montré que l’éducation véritable ne cloisonne pas les savoirs, mais les relie pour aider les élèves à mieux habiter le monde dans lequel ils grandissent.
Au fond, cette activité aura mis en évidence une réalité simple, mais décisive : dans une époque dominée par les flux numériques, protéger la jeunesse ne consiste pas à l’éloigner du monde, mais à lui apprendre à y entrer avec lucidité. Et c’est peut-être là l’une des plus grandes réussites de cette édition de la Semaine en LAC : avoir rappelé, avec intelligence, que la culture ne se limite pas à la mémoire du passé, mais qu’elle sert aussi à donner aux jeunes les moyens de traverser le présent sans se perdre.
The post Au Collège Canado-Haïtien, la Semaine en LAC ouvre un espace de réflexion sur les médias, l’identité et la responsabilité des jeunes first appeared on Radio Télévision Caraïbes.
L’article Au Collège Canado-Haïtien, la Semaine en LAC ouvre un espace de réflexion sur les médias, l’identité et la responsabilité des jeunes est apparu en premier sur Radio Télévision Caraïbes.
Comments