Saturday, October 31, 2020
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Chacun son Blanc

By admin , in ACTUALITÉS , at December 11, 2019

Toute honte bue, chaque acteur de la crise actuelle reconnait que seul le Blanc – ici, l’étranger quel qu’il soit ou quelque soit la couleur de sa peau est un Blanc– peut apporter une solution à l’impasse parfaite qui se dessine devant Haïti et les Haïtiens. Tous les intervenants locaux, même ceux hors du champ politique, admettent aussi que l’Autre est celui qui a les bonnes cartes en main.

Ce n’est ni une surprise ni une première. Chaque fois que nos limites ou nos « timouneries » prennent le dessus, on attend le miracle apporté par le Blanc pour résoudre nos imbroglios.

Fraîchement élu, le président Jovenel Moïse prend son bâton de pèlerin et rend visite à son homologue dominicain, Danilo Medina. Les deux présidents dirigent les deux pays qui se partagent l’île, mais la préséance accordée aux Dominicains, une constante depuis 2010, marque surtout un changement dans le rapport de force sur l’île. Les intérêts dominicains pèsent de plus en plus sur le destin des Haïtiens et nos chefs le savent. Le président Moïse depuis le premier jour ménage ses relations avec les Blancs américains, dominicains, taïwanais et même avant la rupture le Blanc vénézuélien. 

Ces derniers jours, on ne compte plus les rencontres et les visites que des officiels haïtiens effectuent à Washington ni les déplacements de responsables américains en Haïti. Ils sont disponibles et les deux parties sont demanderesses. Les élus, les diplomates et les hauts fonctionnaires des États-Unis d’Amérique et d’Haïti ont un pacte de support mutuel. C’est connu et cela joue à plein en faveur de l’un comme de l’autre. « Je te supporte, tu me supportes » est le slogan de l’entente cordiale liée sur le dos du dossier vénézuélien, entre autres. Dernière les sourires des photos se nouent de grandes petites choses. 

Les politiciens ne se laissent pas devancer. Radicale, consensuelle, alliée ou neutre dans la crise, chaque chapelle de l’opposition va voir les Blancs pour porter plainte. Leur fait des rapports. Amène la grosse artillerie pour tirer sur le pouvoir en place. On ne compte plus les pourparlers, les déjeuners, les apartés et les réunions sur la crise haïtienne entre les diplomates de tous les pays et les leaders de l’opposition ou de la majorité présidentielle d’ailleurs. Tout le monde veut convaincre le Blanc que sa religion est la seule qui vaille pour l’avenir serein d’Haïti.

Les intellectuels haïtiens ne sont pas en reste. Eux aussi appellent le Blanc au secours. Ce n’est pas l’Américain leur première cible, quoique. Les signaux de détresse prennent une autre forme. On regrette leur silence. On dénonce leur appui aux mauvais Haïtiens. On espère un retournement. On les insulte pour mieux les courtiser. Ceux qui ont beaucoup lu connaissent les limites de la posture nationaliste. L’histoire d’Haïti n’est pas un roman. Ici, le poids du Blanc est une réalité incontournable. On espère avoir le temps de défaire les liens si cela ne marche pas comme souhaité ou de renoncer aux serments amers si la chance tourne.

La société civile, financée ou employée des Blancs, ne rate jamais une occasion de porter plainte contre nos dirigeants qui nous dirigent si mal. L’audition tenue au Congrès américain ce mardi 10 décembre sur la crise haïtienne -une première depuis quinze ans- est une apothéose. Ayant appris chez le Blanc les bonnes manières, quoi de plus normal que de lui rappeler de temps à autre que son poulain sort du couloir de la démocratisation, de la bonne gouvernance, du respect des droits humains ou de la lutte contre la corruption. Au secours cher ami Blanc ! Tel est le slogan.

En Haïti, chacun son Blanc. Le Blanc dans nos affaires est une constante bien avant l’indépendance. Chacun veut que le Blanc l’écoute et prenne position pour ses combats, ses thèses, ses envies ou ses fantasmes. Chaque politique est prêt à tout pour mettre un Blanc dans son camp et à tout faire pour s’en défaire, de l’image tout au moins, sitôt le pouvoir pris ou perdu. La posture nationaliste est une posture usée qui sert encore comme la posture du noyé.

Le Blanc refuse de plus en plus de se faire avoir au nom des principes. Il réclame des alliances et des allégeances claires. Des gages et des « je retiens » solides. Le Blanc comme toutes les ressources à un prix et ceux qui feignent de l’ignorer resteront dans leur rêve.

Edito du Nouvelliste

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