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  • Haïti – FLASH : Michel-Ange Gédéon dénonce «les grands manitous» qui fournissent des armes…

    Haïti – FLASH : Michel-Ange Gédéon dénonce «les grands manitous» qui fournissent des armes…

    Jeudi, à l’académie de police sur la route de Frères, en présence de Helen Meagher La Lime Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations-unies en Haïti et de l’Ambassadrice américaine Michèle Sison, le Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH) Michel-Ange Gédéon et son homologue de la Minujusth Serge Thériault accompagnés de plusieurs membres de l’État Major de la PNH ont assisté à la destruction de plus de 370 armes à feu saisies lors d’opérations menées depuis juillet 2017
    Dans son intervention Michael Gédéon a déclaré « […] Ce ne sont pas les vilains petits canards qui détiennent les armes qui me préoccupent, mais plutôt les grands manitous inconscients qui les font venir et ceux qui les distribuent sur le territoire. Je m’adresse à eux pour leur dire que les armes lâchées dans la nature au mépris d’un pays meurtri peuvent être retournées contre n’importe qui, n’importe quand. Il faut toujours craindre ce qu’on appelle en psychologie sociale l’effet boomerang ou mieux encore la théorie de la justice immanente. À bon entendeur salut […] »

    Gédéon a rappelé que ces 2 dernière année plus de 1,200 armes à feu saisies ont été détruite, tout en reconnaissant que c’est une faible partie des armes en circulation.
    Rappelons qu’en 2015, la PNH faisait état d’environ 250,000 armes illégales en circulation en Haïti , une estimation qui n’a pas diminué 4 ans plus tard, « les chiffres semblent être en nette progression », a déclaré Gédéon, qui a refusé de fournir une estimation actualisée du nombre d’armes en circulation au pays.

  • Les plantations du Sud sévèrement frappées par le réchauffement climatique

    Les plantations du Sud sévèrement frappées par le réchauffement climatique

    Ulysse Julbert au milieu de sa bananeraie
    Ulysse Julbert au milieu de sa bananeraie

    Deux ans après le passage du cyclone dévastateur, Matthew, le département du Sud se bat contre un nouveau phénomène naturel. La sécheresse qui s’abat depuis plusieurs mois sur la région a anéanti l’espoir des paysans qui misaient comme chaque année sur les récoltes.
    Un paysage aride et désolant. Des plantations défraîchies bordent les deux côtés de la route qui mène à Maniche. Tout paraît calme malgré le soleil qui plombe la petite commune. Ulysse Julbert vient à notre rencontre puis nous propose de faire un tour dans sa bananeraie. «Tout est perdu», lance l’homme, le visage anéanti. Il a planté ces bananes depuis un an et demi et espérait en tirer profit comme avant. Mais, après avoir péniblement sauvé les récoltes en 2018, Ulysse et les autres paysans espéraient voir une saison pluvieuse abondante cette année. «La pluie est tombée au mois d’avril avec de très faibles précipitations», poursuit-il.
    Premier membre du Conseil administratif de la section communale de Maniche, Ulysse Julbert croit dûment que « les conséquences du réchauffement climatique frappent la région du Sud de plein fouet. En plus des causes générales dues aux gaz à effet de serre, la situation économique des habitants les force à couper les arbres pour la production de charbon de bois». À Maniche, le commerce du charbon est une alternative judicieuse pour les paysans, d’après les propos d’Ulysse soutenu par son camarade Alcilius Jean Bellot.

    Ulysse Julbert au milieu de sa bananeraie
    Ulysse Julbert au milieu de sa bananeraie

    À quelques mètres plus loin, c’est Enock Josué qui pointe sa plantation desséchée de maïs, de haricots, de pois congo et de petit mil. «Cela fait une semaine que j’ai décidé de donner tout au bétail», martèle le cultivateur. La situation de Manita Petit-Homme n’est pas différente. «Depuis le passage du cyclone Allen, la nature se dégrade progressivement», constate la femme de 63 ans. Pour elle, c’est la fin du monde qui se dessine.
    L’agriculture et l’élevage sont les principales sources de revenus des habitants de Maniche. Cette sécheresse empêchant les récoltes complique davantage leur précarité. Manita, par exemple, n’a pas fini de payer la scolarité de ses enfants. «Je récoltais au moins 400 marmites de maïs tous les ans pour les revendre. Je m’inquiète de mon avenir et de celui de mes enfants», affirme-t-elle.

    Un champ de mais desséchée dans la zone de Maniche
    Un champ de mais desséchée dans la zone de Maniche

    À 100 mètres de la bananeraie d’Ulysse longe un canal d’une ancienne industrie sucrière. Le débit est lent, mais coule assez pour arroser les plantations situées à proximité. Les paysans sont prêts à se mettre à l’œuvre, ils manquent de matériaux. Ulysse Julbert affirme qu’il a déjà soumis «18 petits projets aux ministères de l’Agriculture, de l’Intérieur et de la Planification qui n’ont pas réagi aux demandes». Fatigué, il ne souhaite plus contacter les autorités du pouvoir central à propos de Maniche puisque, selon lui, «tous défendent leurs intérêts personnels».
    Les arbres fruitiers menacés
    À Cherette, petite localité de Saint-Louis du Sud, Mesner Gourdet nous accueille au milieu de son jardin agro forestier. Depuis deux ans, il pratique ce modèle d’agriculture comme alternative au changement climatique. Toujours attaché au modèle «traditionnel», Mesner n’a pas pu sauver sa culture de maïs, de pois et de petit mil. Attendu pendant tout le début de l’année, la pluie est finalement tombée au mois de juillet
    «En plus, des cultures de maïs, de petit mil et pois, les arbres fruitiers sont très menacés. Les fruits tombent prématurément des arbres», confie Mesner. Le cocotier, l’arbre véritable et le manguier sont les principaux arbres fruitiers menacés par ce phénomène. Pire, aucun cours d’eau ne se trouve à proximité de la communauté de Cherette. «Ici, nous avons toujours pratiqué une agriculture de Bondye bon », avoue Josué Milhomme. Pour lui, seul le modèle d’agriculture agro forestier peut aider à combattre la sécheresse. «Mais, il faut un minimum d’acquis et de formation pour mener à terme le processus», toujours selon Josué Milhomme.
    Le cas d’Aquin
    Cela fait au moins 8 mois que les habitants de Méran attendent la pluie. Les faibles gouttes qui sont tombées au mois d’avril n’ont pas suffi à arroser les plantations et redonner l’espoir aux cultivateurs. Assis devant sa maison, Joseph Castor, technicien agricole et de médecine vétérinaire, explique que c’est l’une des rares années où le sel se cristallise encore au mois de juillet au niveau de la mer qui borde la commune. «Nous avons connu cela en 1957, en 1975, en 1995, puis en 2018 et 2019», cite l’homme qui vient de perdre sa plantation étalée sur plus d’un carreau de terre.

    Trois brebis cherchant de l’herbe à brouter
    Trois brebis cherchant de l’herbe à brouter

    Pour lui, la topographie de la commune empêche toute canalisation étant donné qu’il n’y a aucune rivière située à proximité. «Les rives les plus proches se trouvent à Vieux Bourg et à Trémé qui sont à plus d’un kilomètre et demi d’Aquin. En plus d’être loin, leurs débits sont trop faibles pour un captage», explique le technicien. Il est impossible de creuser des puits afin d’éviter de perforer la nappe phréatique, toujours selon Joseph Castor.    
    À Méran, même l’herbe pour nourrir le bétail se fait rare. Les cultivateurs sont obligés de se diriger vers des paysans d’autres communes pour en acquérir. «Plusieurs de nos animaux ont déjà trépassé. Rien n’est plus comme avant. Nous nous approchons vers l’inconnu», déclare Doxan Wilner, un paysan de la commune.  
    Hadson Albert

  • Oudelin Siléus se consacre totalement à la communauté sourde en Haïti

    Oudelin Siléus se consacre totalement à la communauté sourde en Haïti

    Oudelin Sileus
    Oudelin Siléus est né dans une famille de sourds, mais il n’a pas de troubles auditifs. Par ses parents, Oudelin a appris les gestes et les signes pouvant lui permettre de communiquer avec les sourds-muets. Depuis le tremblement de terre de 2010, il se consacre entièrement à la cause des sourds. Il n’avait alors que 16 ans.
    « Je m’appelle Oudelin Siléus, je suis un CODA », c’est ainsi que l’interprète en langue des signes de l’émission « Invité du midi » se présente. Ce sigle anglais désigne les enfants d’adultes sourds (Child Of Deaf Adults). « Ma mère ainsi que mes deux tantes sont nées sourdes. Quant à mon père, il est devenu malentendant suite à une méningite lorsqu’il était encore très jeune. Ma mère ne parle pas, mon père parle très peu », explique Oudelin pour qui le terme « muet» est aussi incorrect que discriminatoire. « Une personne serait muette si elle n’avait aucun langage pour se faire comprendre », rétorque-t-il.
    Oudelin a grandi avec sa grand-mère à Plaisance dans le Nord. « Ma mère avait seulement 22 ans quand je suis né. Tout compte fait, ma grand-mère voulait qu’elle continue sa scolarité en toute quiétude. » Mais la mère d’Oudelin n’a pas réellement avancé dans ses études. « Ma mère est arrivée en neuvième année fondamentale à l’École spéciale Saint-Vincent. Elle y a aussi appris la couture. Ce métier a toujours été un grand support pour la famille. Jusqu’à présent elle travaille dans une usine d’industrie textile. »
    2010 a été une année déterminante de la vie professionnelle du jeune interprète en langue des signes. Le séisme avait détruit la maison où vivaient ses parents à Cité Soleil. Puis, ils ont été logés par une organisation caritative au Village de l’espoir de Lévêque à Cabaret. C’est là qu’il est devenu interprète de médecins et volontaires étrangers désireux d’aider les sourds haïtiens.
    Plus tard, en 2013, il a cofondé l’Association des sourds de Lévêque Haïti avec des personnes sourdes et malentendantes de la communauté Lévêque à Cabaret. « J’étais interprète lors de la création de l’association. Depuis 2016, je suis devenu le responsable de communication parce que j’étais la seule personne entendante parmi les membres. Je gère les pages de l’institution sur les réseaux sociaux. Je le représente dans les entités publiques ou privées. Je m’engage à ce que la voix des sourds parvienne à pénétrer les oreilles des autorités compétentes même quand ces dernières seraient elles-mêmes sourdes », avance l’interprète d’un ton ferme.
    Oudelin dispense aussi des cours à un institut de langues des signes à Port-au-Prince. Il détient une licence en langue des signes. Actuellement, il est le coordonnateur d’une association d’enfants de parents sourds. Et il projette d’entamer des études en maîtrise et en doctorat dans le même domaine. À côté de cela, il accorde son aide à toute personne muette ou sourde qui le sollicite. « Je suis toujours disponible pour les accompagner à l’ambassade, à l’hôpital ou dans quelque autre endroit. C’est toujours un plaisir pour moi de rendre service à cette communauté. »
    L’équipe de la Radio Télé Caraïbe a remarqué Oudelin Siléus en avril 2019 lors d’une tournée médiatique. « J’accompagnais Soinette Désir, une militante des droits de la personne, pour la réalisation d’un défilé de mode à l’intention des femmes à mobilité réduite. Davidson Saint-Fort m’a proposé le poste d’interprète en langue des signes à son émission. » Depuis, il accompagne systématiquement le présentateur de l’émission « Invité du midi » pour permettre aux sourds et aux muets de profiter de la programmation.
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    Pour l’inclusion des personnes sourdes
    Oudelin croit qu’il ne faut pas percevoir les personnes qui ont une déficience auditive comme des malades mentaux. « Quelqu’un peut avoir des troubles auditifs sans être en démence. » Il a ajouté que cette communauté a pendant longtemps pratiqué l’endogamie (c’est-à-dire qu’ils choisissaient leurs partenaires exclusivement parmi les sourds) de peur d’être abusée. « Les personnes vivant avec des troubles auditifs subissent toutes sortes d’abus. Une personne sourde se sent plus en sécurité quand elle est en couple avec quelqu’un ayant la même déficience. C’est ainsi que mes parents se sont mis ensemble, l’un faisait confiance à l’autre. »
    Jusqu’en avril 2019, une bonne partie de la communauté sourde ne comprenait pas la question du scandale des fonds Petro Caribe, si l’on croit Oudelin. Pour ceux qui savent lire, ils voyaient des affiches et des graffitis avec la fameuse question « Kot kòb Petrokaribe a », mais ils ignoraient tout de l’histoire que sous-tendait cette question. « À l’émission que j’interprète, les gens sont parvenus à comprendre ce qui s’est passé avec ce fonds. » Lorsqu’en février, le pays a été bloqué pendant plusieurs semaines, « j’ai traduit en langue des signes les allocutions du président de la République et celles du Premier ministre dans une vidéo sur Facebook. Les membres de la communauté sourde qui avaient accès à internet ont pu en bénéficier. »
    Par ailleurs, dans les institutions publiques et privées, les personnes avec une déficience sont généralement exclues. Oudelin partage une histoire malheureuse qui souligne l’importance de l’inclusion. Il a rencontré, dans le cadre de son travail, une dame sourde et muette qui lui a fait part d’une expérience malencontreuse qu’elle n’est pas près d’oublier. « Elle ne parvenait pas à se faire comprendre par la gynécologue qui la consultait. elle a dû tout expliquer à un tiers contre son gré. En effet, elle avait des complications suite à une interruption volontaire de grossesse. C’était son histoire et elle ne voulait la partager qu’avec le médecin », se plaint Oudelin. Il pense que le personnel des institutions de santé devrait aussi s’impliquer pour que les services médicaux soient réellement inclusifs. « Les personnes sourdes, ajoute-t-il sont des êtres humains à part entière, elles méritent d’être traitées comme tels. »
    Oudelin plaide pour un langage des signes en créole haïtien
    Pendant longtemps, les proches des personnes sourdes utilisaient la méthode de la lecture labiale pour communiquer avec elles. « Cette méthode consiste à lire sur les lèvres de la personne qui parle. » Cette méthode est selon Oudelin discriminatoire, car le fait pour la personne sourde de se conformer à la société sous-entend que le problème vient d’elle.
    Jusqu’ici, nous ne faisons que répéter les signes internationaux. Ces signes, argumente Oudelin, ne sont pas adaptés à la culture et aux gestes qui nous sont propres. Par exemple, dans le milieu haïtien, on bouge la tête de gauche à droite pour dire non, alors qu’en langue des signes américains on ne répond pas ainsi par la négative. « Quand j’interprète, je le fais à deux niveaux. Je fais les signes standards, mais aussi des gestes pour faciliter la compréhension de ceux qui ne maîtrisent pas totalement la langue des signes. »
    Oudelin Siléus fait le va-et-vient entre Port-au-Prince et Cabaret presque toutes les semaines pour apporter son support à la communauté sourde de Lévêque. « Il y a pas moins de 500 personnes qui vivent dans ce village dans des conditions exécrables. Les services de base n’existent pas, par exemple, les ménages n’ont pas accès à l’eau potable. »
    Laura Louis
    Source: Ayibopost

  • Le choléra a disparu d’Haïti, confirment des experts

    Le choléra a disparu d’Haïti, confirment des experts

    Le choléra a disparu d’Haïti, confirment des experts
    Le choléra a fait près de 800000 victimes en Haïti. Neuf ans après les débuts de l’épidémie, Jean-Hugues Henrys, médecin qui a pris part à la lutte contre le choléra, affirme que la maladie a complètement disparu du pays.
    À la mi-octobre de l’année 2010, à Meille, une petite localité de la commune de Mirebalais, un patient atteint d’une diarrhée aiguë décède. Quelque temps après, l’hôpital de Mirebalais recense près de 300 malades par jour souffrant de diarrhée. Le laboratoire du ministère de la Santé publique et de la Population analyse les échantillons qui lui sont envoyés. Les résultats sont concluants : il s’agit de bactérie du choléra, le vibrion cholerae.
    C’est le début d’une épidémie qui dure des années, et qui fait près de 800 000 victimes, dont des morts par milliers. Bien des polémiques seront soulevées quant à l’origine de la maladie. 9 ans après le début de l’épidémie, Renaud Piarroux, expert du choléra mandaté en 2010 par le gouvernement haïtien, pour enquêter sur l’épidémie, déclare que le choléra a disparu d’Haïti.
    Jean-Hugues Henrys, doyen de la faculté de médecine de l’Université Notre-Dame d’Haïti, était un collaborateur de Piarroux dans l’enquête sur l’épidémie. Il est lui aussi formel. « En l’état actuel, il n’y a plus de choléra en Haïti, dit-il catégoriquement. Je me base sur deux faits pour l’affirmer. Premièrement, depuis le 4 février 2019, nous n’avons recensé aucun cas confirmé de choléra. Deuxièmement, le choléra n’est pas une maladie qu’on peut cacher. S’il y avait eu des cas, on en serait avertis. »
    De février à juin, sur 571 cas de diarrhée suspecte analysés, aucun ne montre la présence du vibrion cholerae, la bactérie du choléra. C’est la preuve, selon ces deux spécialistes, que la maladie a disparu. Jean-Hugues Henrys balaye d’un revers de main les arguments qui font croire qu’il faut au moins deux ans d’absence de cas, pour parler d’éradication. « Il n’y a aucune base scientifique à cela, explique-t-il. Aucune étude ne l’a démontré. Il faut certes rester vigilants, parce que la maladie peut être introduite à nouveau, mais pour le moment, il a disparu du pays. »
    Pour Jean Hugues Henrys et Renaud Piarroux, cette absence de cas ne doit pas empêcher la poursuite de la politique contre le choléra. Cette politique, d’après eux doit évoluer pour prendre en compte les enjeux sanitaires. « C’est une honte pour nous, en tant que peuple, qu’en 2010, des gens buvaient encore de l’eau directement d’un fleuve. Si vous déversez dans un autre pays la même quantité de bactériedu choléra déversée dans le fleuve Artibonite, il n’y aura probablement pas d’épidémie de choléra dans ce pays », déplore le médecin.
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    La vaccination n’est pas nécessaire
    Actuellement, il existerait certaines pressions internationales pour une campagne de vaccination en Haïti, contre le choléra. Selon Jean-Hugues Henrys, il n’y a aucune urgence à administrer un vaccin préventif contre le choléra dans le pays. « Vers 1991, le choléra a été introduit en Amérique latine. Au début des années 2000, il a été éradiqué, et ce n’était pas grâce à la vaccination », explique-t-il.

    Vers 1991, le choléra a été introduit en Amérique latine. Au début des années 2000, il a été éradiqué, et ce n’était pas grâce à la vaccination 

    C’est aussi ce que pense Zephyrin Nathan, conseiller technique responsable du suivi et de l’évaluation, au sein de la Commission nationale de lutte contre le choléra du MSPP. « La vaccination de masse n’est pas nécessaire parce que nous n’avons plus de cas de choléra, dit-il. Nous avons pris le soin de tester toutes les diarrhées suspectes dont nous avons eu connaissance. Cependant, la vaccination reste quand même l’une des stratégies dans notre lutte contre le choléra. Nous n’avons pas besoin d’une vaccination préventive, mais on pourrait quand même procéder à une vaccination réactive, au cas où la bactérie serait réintroduit. »
    Non seulement l’urgence de vacciner n’existe pas, mais aussi le vaccin n’est pas d’une grande efficacité. « Le vaccin contre choléra est à double dose, dit Jean-Hugues Henrys. Les meilleures études montrent que son efficacité est limitée à 60 ou 65 %. Pour comparer, l’efficacité du vaccin contre la rougeole est de 90 à 95 %.  De plus, le vaccin contre le choléra n’a aucune efficacité significative chez les enfants de moins de 5 ans. »

    Campagne de vaccination dans le département du Sud (Images, ONU)
    Campagne de vaccination dans le département du Sud (Images, ONU)

    Au sujet des allégations qui font croire qu’il existe une volonté de mener une grande campagne de vaccination contre le choléra à tout prix, Zephyrin Nathan explique que ce n’est pas le cas. « Il est vrai que la Fondation Bill et Melinda Gates a voulu financer une campagne, à travers la Global Task Force On Cholera Control. Mais c’était en réponse à une demande que nous avions effectuée en 2018, quand nous voulions vacciner 1 800 000 personnes. À cause des troubles que le pays a connus, ce n’est que récemment qu’ils ont pu donner une réponse favorable à notre requête. Leur réponse nous parvient au moment où nous n’avons plus de cas positifs ; c’est une coïncidence. »
    Le conseiller technique affirme que des discussions sont en cours pour orienter les fonds vers une autre cause de santé publique qui les nécessiterait plus que le choléra.
    De son côté, Jean-Hugues Henrys n’exclut pas que les Nations unies puissent vouloir procéder à cette campagne afin de laver leur image. « N’oublions pas que l’ONU a attendu des années pour reconnaître son rôle. Elle pourrait bien être intéressée par une grande campagne de vaccination, dans l’objectif de faire croire qu’elle est responsable de la disparition de la maladie ».
    La Minustah, à l’origine de la maladie
    Lorsque le choléra a débuté dans le pays, la majorité des victimes se trouvaient dans les départements du centre et de l’Artibonite. Le fleuve Artibonite a été le principal vecteur de la maladie. Dans son livre « Choléra », Renaud Piarroux, mandaté par le gouvernement pour une enquête épidémiologique, se dit surpris de la violence de la maladie. Le nombre de victimes enregistrées dans les premiers jours est effrayant. Près de 2000 cas seront enregistrés en un jour, à Mirebalais.
    Très rapidement, les spécialistes comprennent que l’eau du fleuve est contaminée par les matières fécales déversées dans la rivière Meille, un affluent, par des Casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. Le camp de la Minustah appelé Annapurna se trouve près de cette rivière. Il est occupé par des Népalais. Un nouveau contingent vient d’arriver, alors qu’une épidémie de choléra fait rage au Népal.

    Campagne de vaccination dans le département du Sud (Images, ONU)
    Campagne de vaccination dans le département du Sud (Images, ONU)

    Centre de traitement du Choléra aà Anse D’hainault, Haiti. Tuesday Oct. 11, 2016. ( Photo/Dieu Nalio Chery)

    La fosse septique dans laquelle les soldats jettent leurs excréments est à ciel ouvert, tout près de la rivière Meille. Lorsqu’il pleut, le contenu de la fosse se mélange à l’eau de la rivière, qui rejoint ensuite le fleuve. Selon Jean-Hugues Henrys, pour que le choléra se déclare chez quelqu’un, celui-ci doit être en contact avec au moins un million de vibrions cholerae. Les habitants de la zone dépendent exclusivement du fleuve pour leurs besoins en eau ; ils sont rapidement contaminés.
    La quantité de bactérie dans le fleuve est énorme, c’est ce qui d’après Piarroux, explique la violence de l’épidémie. Et pour qu’une telle quantité de microbes s’y trouve, il n’y a qu’une seule explication : il y a eu une épidémie dans le camp népalais, et ce sont ces matières fécales contaminées qui ont été déversées dans l’eau. Cela ne sera jamais établi parce que les soldats auront rapidement aseptisé leurs installations sanitaires, afin d’effacer toutes traces de la maladie dans leur camp.
    Un tiraillement sans fin
    Pendant des années les Nations unies combattent ces allégations. Pour contrer les accusations de Renaud Piarroux, l’ONU cherche à prioriser la théorie, avancée par beaucoup de scientifiques, qui explique que le choléra est une maladie environnementale. Selon cette théorie environnementale, la bactérie du choléra était « dormante ». Les mauvaises conditions sanitaires l’auraient réactivé. Cette explication a l’avantage de dédouaner les Casques bleus de toute responsabilité dans l’arrivée de la maladie.
    Dans son livre, René Piarroux rapporte d’autres procédés utilisés par l’ONU pour enlever le focus sur sa base militaire. Des institutions comme l’OPS manipulent des cartes géographiques qui expliquaient les progrès de la maladie dans le pays. Elles tentent, à la longue, de montrer que l’épidémie a débuté dans l’Artibonite, et non dans le Centre, là où se trouve la base népalaise. Des informations cruciales sont altérées, des preuves escamotées, afin de nier l’existence du premier cas de choléra, appelé cas index, à Meille.
    Après des années de bras de fer, et à la suite de plusieurs commissions d’investigation, il sera confirmé que le choléra a été introduit par les Népalais. René Hendricksen, un scientifique danois, découvre que l’ADN de la bactérie retrouvée chez les patients haïtiens est identique à celui qui faisait rage au Népal à la même époque.
    Suite à ces révélations, Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations unies, un mois avant la fin de son mandat présente des excuses officiellement au peuple haïtien. Il reconnaît le rôle primordial joué par les Casques bleus dans l’épidémie de choléra.
    Des victimes portent plainte
    En novembre 2011, des milliers de victimes ont porté une plainte collective contre l’ONU et la Minustah, pour dénoncer le rôle des Nations unies dans l’introduction du choléra en Haïti. Selon Mario Joseph, l’un des avocats plaidant cette cause, l’ONU a failli à ses responsabilités et n’a pas respecté ses engagements. Mais les Nations unies, même s’ils ont reconnu leur rôle, refusent d’assumer leur responsabilité devant la justice, estimant qu’elles jouissent d’une immunité.
    Mario Joseph estime que l’immunité de l’ONU peut être attaquée. «L’article 55 de l’accord de Siège, qui a permis la présence de la Minustah, dit ce que l’ONU doit faire en cas de dommages collatéraux. Il est notamment prévu une commission permanente de réclamations. Mais l’ONU ne l’a jamais instituée. Donc les Nations unies ont violé l’accord de Siège en ne respectant pas leur engagement. Malheureusement, l’État haïtien refuse de prendre ses responsabilités pour les forcer à dédommager les victimes. »
    Selon Mario Joseph, l’ONU a aussi violé le code rural haïtien, quand les soldats ont déversé leurs excréments dans l’affluent d’un fleuve. Il croit que l’ONU doit dédommager les victimes, mais aussi l’État haïtien.
    Ban Ki Moon a annoncé en 2016 un fonds pour la lutte contre le choléra en Haïti. Sur les 400 000 000 de dollars demandés, moins de 10 000 000 de dollars ont été effectivement reçus. Le Népal, pays dont les soldats ont introduit la maladie, a contribué à hauteur de 237 dollars.
    Jameson Francisque
    Images: Dieu Nalio Chery
    Source: Ayibopost

  • Haïti – Actualité : zapping…

    Haïti – Actualité : zapping…

    Elections : en cas de report le Parlement sera dysfonctionnel…
    En cas de report du scrutin d’octobre 2019, en janvier 2020 le Gouvernement devra reconnaitre la caducité de la Chambre des députés et l’incapacité du Sénat de remplir correctement son rôle avec 19 sénateurs, dans un Parlement devenu dysfonctionnel. Laissant alors le Gouvernement diriger par décrets.

    Haïti, le pays d’adoption d’enfants, préféré des français :
    Avec 61 adoptions, Haïti a été le pays où les Français ont adopté le plus d’enfants en 2018.
    Inauguration d’un laboratoire d’analyse de sol :
    La semaine dernière, le directeur de mission l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID – Haïti) a inauguré le laboratoire d’analyse de sol de l’Université Roi Henry Christophe de Limonade. Ce laboratoire va permettre d’améliorer les capacités de recherche de la communauté, des étudiants et des enseignants.
    La PoliFront en formation :
    Une vingtaine d’agents de la Police des Frontières (PoliFront) vont être recevoir une formation qui abordera entre autres : la lutte contre la traite de personnes, la protection des droits de migrants ; l’inviolabilité, les privilèges et immunités diplomatiques et parlementaires, le droits de l’enfant…
    Atelier de bande dessinée (Inscriptions) :
    Inscrivez-vous à l’atelier de création de conte traditionnel haïtien en bande dessinée organisé par l’association Culture en Trois Dimension-C3D qui se dérouleront du 23 au 27 juillet 2019dans les locaux du Centre d’Art.
    Prérequis : Niveau de base, moyen ou avancé en dessin.
    Pour inscription, téléphonez à C3D aux : 47287967 / 38463523 ou par email à culture3dimensions@gmail.com
    Le saviez vous ?
    En Haiti près d’une centaine de variétés de mangues sont cultivées telles que : Madame Francisque, Madame Jean-Marie, Mango Canel etc…

  • Dîner en blanc 2019, une bonne bouffée d’oxygène pour le tourisme

    Dîner en blanc 2019, une bonne bouffée d’oxygène pour le tourisme

    L'édition 2014 du Dîner  en blanc Haiti, organisé dans les jardins du Mupanah (au Champ de Mars) en marge au festival Carifesta./Photo: DEB-Archives.

    L’édition 2014 du Dîner en blanc Haiti, organisé dans les jardins du Mupanah (au Champ de Mars) en marge au festival Carifesta./Photo: DEB-Archives.

    « Dîner en blanc », buffet entre amis et pique-nique vielle de plus de 30 ans, revient cette année, en pleine accalmie et période estivale grouillante. 10 août prochain, la ville du Cap accueillera cet événement « all in white » où des milliers de convives vont affluer vers la cité christophienne qui célèbre, l’an prochain, ses 350 ans d’existence.

    Descente aux enfers

    2018, 6-7 juillet : soulèvements populaires, émeutes, entreprises cassées et pillées. Haïti a subi de plein fouet les conséquences de la (tentative de la) hausse du prix de l’essence, ce qui a conduit à l’éviction de l’ancien Premier ministre Jackguy Lafontant. Juillet 2019, un an après, le pays peine encore à retrouver sa sérénité. La publication, vendredi 31 mai, de l’audit final du rapport sur l’utilisation des plus de 4 milliards de dollars des fonds Petrocaribe, ajoutée au mouvement « pays lock » et au renvoi, par la Chambre des députés, du gouvernement de Jean-Henry Céant, ont enfoncé le pays dans la crise.

    Le tourisme a été l’un des secteurs les plus touchés par la recrudescence de l’insécurité, l’instabilité et des scènes de violence qui sévissaient dans la capitale et d’autres villes de province. Comme séquence, Haïti avait été, provisoirement, rayée de la carte touristique mondiale. Une flopée d’agences en ligne de voyages et de lignes aériennes l’avait retirée de la liste de leurs destinations.

    L’alerte de sécurité émise par le Département d’État Américain depuis les dix jours « lock » était de 4, pour être ensuite passé à 3 en juin dernier.

    Dîner en blanc, une bonne bouffée d’oxygène pour le tourisme

    Dans un entretien accordé à Loop Haïti, la ministre du Tourisme, Marie Christine Stephenson, avait indiqué que le secteur touristique était « résilient, sensible et dynamique ». Le moindre signal de panique sème la peur, la moindre accalmie entrainera une remontée de la pente.

    Visites de touristes australiens, festival Nouvelles vues Haïti, foire Livres en folie, Havana Guitar Night, Zouk sous les étoiles : depuis quelques semaines, Port-au-Prince grouille d’activités culturelles intenses. Tours opérateurs, promoteurs, organisateurs d’évènements, patrons de bars à club et d’hôtels ont repris du service. Certains vacanciers et compatriotes de la diaspora ont déjà bouclé leur agenda avec quelques rendez-vous phares dont Sumfest, Festival Bikini et, le 10 août prochain, Dîner en blanc.

    Pourquoi le Cap-Haïtien, hôte de cette 5e édition ? « En plus de son aéroport international, capable de recevoir le maximum de touristes, les organisateurs ont voulu célébrer la beauté d’une ville au riche passé historique et qui regorge de sites et monuments touristiques attrayants », a confié la coorganisatrice Annie Melissa Etienne, happée par le charme et l’hospitalité des Capois.

    « Les entorse aux valeurs de DEB seront punies »

    Au-delà du principe d’égalité que défend ce pique-nique organisé à ciel ouvert dans plus de 500 villes dans le monde entier, l’évènement reste toujours attaché aux valeurs de galanterie, d’élégance, de discrétion, de gratuité et de partage. Toutes les entorses à ces valeurs seront punies », a soufflé Mme Étienne, précisant que le DEB aura des retombées économiques pour le pays. De la restauration à l’hôtellerie, de la mode aux bijouteries: toute une chaîne de métiers et de secteurs s’en tireront d’affaires.

    Forte d’une longue expérience en organisations d’évènements, cette nouvelle équipe propriétaire de la franchise regroupe trois autres compatriotes résidant aux Etats-Unis d’Amérique, à savoir Jimmy Moïse, Fabienne Alphonse et Johanna Auguste.

    Chaises, tables, naples, vaisselle, éventail, fleurs, chandeliers, vêtements : tout doit être de blanc. Les convives attendus (sur le site tenu secret) sont priés de se vêtir de blanc et d’apporter, comme à

  • Lancement du Festival du Livre Sans Frontières de Belladère

    Lancement du Festival du Livre Sans Frontières de Belladère


    Konbit pou vanse Beladè (KOVAB), Fondation Lorquet pour une nouvelle Haïti (FOLONHA), Fondasyon Zile, Colombe Firme de communication de concert avec la mairie de Belladère organisent ce samedi 20 juillet 2019 au Parc Sportif de Belladère, la première édition du festival du Livre Sans Frontières de Belladère. Ce grand mouvement littéraire réunira des auteurs haïtiens et dominicains.

    Avec pour thème « Livres : entre mémoire et amitié, rassemblons les deux peuples autour d’un projet commun, ce festival a entre autres objectifs de sauvegarder dans la mémoire collective Léon Dumarsais Estimé, bâtisseur de la ville de Belladère ; de consolider des relations de fraternité entre les Haïti et la République dominicaines et promouvoir la culture du livre.

    Les institutions organisatrice de cette manifestation culturelle jettent leur dévolu, pour cette première édition sur les professeurs Watson DENIS (Haïti) et Julio A. ACOSTA (République dominicaine) comme invités d’honneur. Ces derniers seront accompagnés d’autres écrivains pour réfléchir et discuter de la place du livre dans le développement d’une société, Haïti et la République dominicaine : le sens d’une amitié latente, réflexions autour de Dumarsais Estimé », c’est l’un des principaux sujets qui seront débattus par des personnalités de marque, notamment Lemoine BONNEAU, secrétaire de rédaction au quotidien Le Nouvelliste ; le journaliste Jacques Adler JEAN-PIERRE (Bòs Madichon) ; le professeur et expert culturel Dominique DOMERÇANT. Cette foire du livre met également en relief d’autres auteurs comme Joël Lorquet, Amos CINCIR, Stanley AUGUSTIN, Robens PROSPER, sans compter les écrivains dominicains comme Laura Quisqueya, sans compter des ouvrages soumis par des maisons d’édition.

    À cette foire du livre s’ajoutent des conférences-débats, de projection documentaire, d’expositions d’ouvrages, et de visites touristiques

  • Japon : environ 33 morts dans un incendie criminel à Kyoto

    Japon : environ 33 morts dans un incendie criminel à Kyoto


    Un incendie dans un studio d’animation de la ville japonaise de Kyoto (ouest) a fait environ 33 morts et 36 blessés, dont certains grièvement, ont rapporté jeudi les médias locaux.

    Les victimes ont été trouvées en arrêt cardiaque, piégées au rez-de-chaussée, aux deux étages ou dans les escaliers menant au toit-terrasse d’un des bâtiments de la société, a expliqué un porte-parole des pompiers.

    L’incendie s’est déclaré jeudi matin vers 10h30 (heure locale) dans un studio de trois étages de Kyoto Animation Co., connu pour la production de séries télévisées d’animation populaires.

    La firme, qui comprend aussi une école d’animation, possède deux immeubles de studios (dont celui qui a été incendié) et a son siège dans la préfecture de Kyoto. Elle emploie environ 160 personnes.

    La police locale et les premiers intervenants ont déclaré qu’un homme a été placé en garde à vue après que ce qui semble avoir été un accélérateur, probablement de l’essence, a été pulvérisé sur le site.

  • « Haïti dans tous ses états » : Pour un Etat protecteur contre le dictat des institutions de Bretton Woods

    « Haïti dans tous ses états » : Pour un Etat protecteur contre le dictat des institutions de Bretton Woods


    par Dr Arnousse Beaulière
    Économiste, Analyste politique, Écrivain

    Dernière publication : Régénérer Haïti. Un impératif citoyen (à paraître aux Editions Pulùcia)
    Il y a longtemps que les institutions de Bretton Woods (1), Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale, ne se contentent plus de prêcher l’évangile économique libéralselon Saint-Marché-Tout-Puissant (2). Elles jouent de plus en plus un rôle éminemment politique dans les pays où elles interviennent (3).

    Pour l’économiste et homme d’affaires, Jean-Michel Severino, ancien directeur « Europe centrale », puis vice-président « Asie » à la Banque mondiale, ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), « les institutions de Bretton Woods entrent dans un champ plus visible du politique parce que des projets, des investissements, la macroéconomie sont des sujets politiques, parce que, tout simplement, on n’échappe pas au politique quand on fait de l’aide au développement. Il faut assumer cette position » (4). C’est ainsi que les accords signés avec ces pays leur donnent un pouvoir considérable, « le droit de siéger au Conseil des ministres des Etats » (5), comme le disait Ernest Stern, alors vice-président de la Banque mondiale.

    La stratégie néolibérale et ses conséquences sociopolitiques

    Le 28 juin 2018, le ministère de l’Economie et des Finances a annoncé que la dette publique d’Haïti s’élevait à US$3,1 milliards, avec une dette externe à 67% du portefeuille global (6). Le 6 juillet, sur injonction du FMI, le gouvernement Moïse-Lafontant a décidé d’augmenter fortement le prix des carburants, « dans le cadre d’un programme de contrôle “couvrant la période de mars à août 2018” conclu en février dernier avec le Fond monétaire international (FMI) », provoquant les émeutes populaires des 6, 7 et 8 juillet. A cette époque, Chris Walker, chef de mission du FMI pour Haïti, au moment de la signature de l’accord entre l’Etat haïtien et l’instance internationale avait déclaré : « Le gouvernement d’Haïti (…) s’est engagé à mener des réformes économiques et structurelles pour promouvoir la croissance économique et la stabilité et réduire la pauvreté (…). Cela comprendra des mesures visant à améliorer la perception et l’efficacité des impôts et à éliminer les subventions excessives, y compris sur le carburant. » (7)

    Cette déclaration s’inscrit dans la droite ligne néolibérale du FMI et de la Banque mondiale depuis des décennies. Celle-ci fut matérialisée d’abord par les politiques d’ajustement structurel (PAS) puis par le Consensus de Washington, lequel implique également le Trésor américain. Il s’agit d’une stratégie de « réhabilitation des mécanismes du marché au détriment des interventions de l’Etat : les prix du marché, et en fin de compte ceux des marchés mondiaux, devaient déterminer les choix des opérateurs économiques. Dans cette perspective, les activités productives du secteur public devaient être transférées au secteur privé, les protections douanières progressivement abaissées, les réglementations réduites au minimum, les dépenses de l’Etat dégonflées, les prix aux producteurs agricoles relevés… » (8). Les études et expériences menées dans les pays en développement, en Afrique, en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Haïti en particulier, ont montré, dans la plupart des cas, l’échec de cette stratégie (9). Rares, en effet, sont les pays où l’on a observé une croissance durable et une pauvreté diminuée grâce à cette politique d’austérité néolibérale (10).

    Au contraire, les inégalités et la pauvreté y demeurent très criantes, comme le souligne Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale : « Les pays qui ont suivi la voie du Consensus de Washington ont échoué, presque jusqu’au dernier. Au mieux, ils n’ont bénéficié que d’une maigre croissance ; au pire, ils subissent la montée des inégalités et de l’instabilité. Même la démocratie y paraît moins assurée. » (11)

    Alors, pourquoi le FMI persiste-t-il à vouloir dicter ses mesures orthodoxes aux différents gouvernements haïtiens depuis des décennies alors qu’il sait pertinemment qu’elles ne fonctionnent pas et qu’elles risquent par surcroît de provoquer des troubles sociopolitiques majeurs ? Comme le mentionne Fritzner Gaspard, dans un contexte aussi singulier où l’on comptait pas moins de six gouvernements, entre 1986 et 1994, « l’application des mesures néolibérales pendant ces périodes ne faisait qu’accentuer la tension sociale. La manifestation de cette crise apparaissait à travers les nombreuses émeutes de la part des petits producteurs de riz, qui protestaient contre l’élimination de la licence d’importation, à travers les grèves déclenchées par les syndicats » (12). Et d’ajouter : « Depuis le retour de l’ex-président [Jean-Bertrand Aristide en octobre 1994], le pays a connu quatre Premiers ministres et changements de gouvernement. La majorité d’entre eux

    [hormis celui de Claudette Werleigh]

    a été contrainte de démissionner suite aux contestations qu’ont engendrées les mesures économiques. […] » (13).

    Et, plus tard, au début des années 2000, cette stratégie néolibérale a pris une dimension toute particulière. Ainsi que l’a décrit Eric Toussaint, politiste, président du CADTM-Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde), « le FMI a imposé en 2003 la fin du système permettant au gouvernement de contrôler le prix de l’essence, le rendant alors ‘‘flexible’’. […] Les conséquences [furent] terribles : difficultés pour rendre l’eau potable ou faire cuire les aliments ; augmentation du coût des transports, […] hausse des prix pour de nombreux produits de base. » (14) Puisque l’inflation était farouchement combattue par le FMI, « il [fut] alors imposé un gel des salaires. Du coup, le salaire quotidien minimum, qui était de 3$ en 1994, est tombé à 1,50$, ce qui devait, toujours selon le FMI, attirer les investisseurs étrangers… » (15). Quinze ans plus tard, en 2018, la même politique d’« ajustement du prix des produits pétroliers » – selon l’expression du gouvernement Moïse-Lafontant – « devait avoir pour conséquence une augmentation de 38 % du prix de l’essence, de 47 % pour le diesel et de 51 % pour le kérosène » (16).

    En vérité, personne ne conteste la nécessité d’assainir les comptes publics haïtiens vu qu’ils sont dans un état critique depuis longtemps. Cependant, cette politique sacrificielle ne doit pas affecter les ménages les plus faibles. S’il est normal que l’Etat cherche à réviser la politique des subventions accordées aux automobilistes sur le prix des carburants pour booster des finances publiques exsangues, par souci d’équité, il doit s’intéresser à toutes sortes de subventions accordées aux agents économiques, et particulièrement à celles très conséquentes attribuées au secteur privé des affaires sans contrepartie réelle en termes de création d’emplois. En effet, ces subventions-là contribuent, à certains égards, davantage à alourdir le déficit public.

    Replacer l’Etat au centre du jeu pour plus de justice sociale

    La politique est aussi une question de choix dans le champ des possibles, mieux, de « choix social »fondé sur une classe d’informations diversifiée,comme dirait le philosophe et économiste Amartya Sen (17). Certains évoquent ainsi l’idée de pratiquer une hausse du salaire minimum pour faire face à la perte de pouvoir d’achat qui résulterait d’une hausse significative du prix des carburants. Cela pourrait être une bonne piste, certes je l’ai défendue, ailleurs, dans mes différentes prises de position, indépendamment de la question des carburants –, mais je ne pense pas qu’il faille forcément l’intégrer de cette manière dans ce débat sur les conséquences de l’augmentation du prix des produits pétroliers. C’est une mesure qui aurait dû être prise en matière de justice sociale depuis fort longtemps afin d’améliorer les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles, notamment ceux du secteur textile.

    En d’autres termes, une meilleure gestion des ressources publiques requiert une vision globale du problème. Dans cette optique, si l’on réduisait le train de vie de l’Exécutif, du Parlement et de l’Etat en général, si l’on arrêtait d’enrichir le petit groupe de nantis de ce pays et d’appauvrir la masse de pauvres, par une politique fiscale et sociale plus efficace et équitable, si l’on luttait avec vigueur contre la corruption et l’impunité, bref, si l’on réformait sérieusement l’Etat pour en faire l’acteur principal du changement – un véritable Etat social –, l’on parviendrait sans doute à dégager des ressources suffisantes pour investir massivement dans les services publics de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’éducation, des sciences et de la culture, de l’habitat, de l’eau et de l’assainissement, des infrastructures routières et énergétiques, dans l’agro-écologie, le tourisme solidaire et l’artisanat, etc. Ce qui n’est pas du tout la vision néolibérale du FMI et de la Banque mondiale – véritables instruments financiers et politiques au service des puissances les plus industrialisées, pour citer Eric Toussaint – qui ne jurent que par le moins d’Etat possible et le libre jeu du « marché autorégulateur ».

    A preuve, comme le relèvent les économistes Pierre Salama et Jacques Valier, « dans la stratégie libérale de lutte contre la pauvreté et les inégalités, la politique macroéconomique ne doit pas être utilisée à des fins directement sociales. En d’autres termes, le social ne peut être qu’un dérivé de l’économique. La réduction de la pauvreté et des inégalités sociales, un temps ajournée, est conçue comme un simple sous-produit, qui sera demain la conséquence des équilibres et de la croissance retrouvés grâce au libre fonctionnement de l’économie de marché » (18). Or, Haïti ne souffre pas de trop d’Etat mais d’un très mauvais Etat. Un Etat délabré qui doit être réinventé en profondeur pour devenir un Etat fort, protecteur, régulateur, stratège, pour ne plus subir le dictat du FMI et de la Banque mondiale (19) afin de répondre aux besoins de sa population.

    La rubrique « Haïti dans tous ses états » est un espace de décryptage, d’analyse et de mise en perspective de l’actualité haïtienne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est aussi un espace de rencontres avec celles et ceux qui font parler d’Haïti autrement, positivement.

    (1) Institutions financières internationales, le FMI et la Banque mondiale ont été créés par les « Accords de Bretton Woods » à la suite de la Conférence de Bretton Woods, dans le New Hampshire (Etats-Unis), en 1944, visant à décrire l’architecture du système financier international. Pour en savoir plus, voir Ahmed SILEM (dir.), Encyclopédie de l’économie et de la gestion, Paris, Hachette éducation, 1994.

    (2) A ce sujet, voir Éric Berr, L’intégrisme économique, Paris, Les Liens qui libèrent, 2017.

    (3) Voir Fritzner Gaspard, Haïti : ajustement structurel et problèmes politiques, Paris, L’Harmattan, 2008.

    (4) Jean-Michel Severino, cité par Christian Chavagneux, « On n’échappe pas au politique quand on fait de l’aide au développement », L’économie politique, 2e trimestre 2001, n°10, p. 8-17.

    (5) Ernest Stern, cité par Gérard Winter, L’impatience des pauvres, Paris, PUF, coll. « Science, histoire et société », 2002, p. 140.

    (6) Le Nouvelliste, « La dette publique d’Haïti est supérieure à 3 milliards de dollars selon les autorités financières », 28 juin 2018, https://www.lenouvelliste.com/article/189441/la-dette-publique-dhaiti-est-superieure-a-3-milliards-de-dollars-selon-les-autorites-financieres, consulté le 18 juillet 2019. Notons que durant le quinquennat de Martelly (2011-2016), la dette à long terme avait atteint plus de US$2 milliards. Le service de cette dette, pour les exercices 2013-2014 et 2014-2015, se chiffrait à plus de US$50 millions.

    (7) France 24, « Violences urbaines en Haïti : les raisons d’une colère », 9 juillet 2018, https://www.france24.com/fr/20180708-haiti-port-prince-violences-urbaines-protestation-prix-carburant, consulté le 13 juillet 2019.

    (8) Gérard Winter, op. cit., p. 139.

    (9) Arnousse Beaulière, Haïti : Changer d’ère, Paris, L’Harmattan, 2016 ; Fritzner Gaspard, op. cit. ; Bruno Sarrasin, Ajustement structurel et lutte contre la pauvreté en Afrique : La Banque mondiale face à la critique, Paris, L’Harmattan, 1999 ; Pierre Salama, Jacques Valier, Pauvretés et inégalités dans le tiers monde, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui/série économie », 1994.

    (10) François Bourguignon, Pauvreté et développement dans un monde globalisé, Paris, Collège de France/Fayard, 2015.

    (11) Joseph E. Stiglitz, Un autre monde. Contre le fanatisme du marché (Making Globalization Work), trad. fr. Paul Chelma, Paris, Fayard, 2006, p. 83.

    (12) Voir Fritzner Gaspard, op. cit., p. 132. Rappelons qu’à cette époque l’un des grands manitous de cette politique néolibérale fut Leslie Delatour, adoubé par le FMI et la Banque mondiale, ancien ministre des Finances sous le Conseil national de gouvernement (CNG) dirigé par le général Henri Namphy, puis Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti au retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir en octobre 1994.

    (13) Ibid., p. 132-133.

    (14) Eric Toussaint, Banque mondiale, le Coup d’Etat permanent. L’agenda caché du Consensus de Washington, Paris, Syllepse, 2006, p. 250.

    (15) Ibid.

    (16) France 24, op. cit.

    (17) Amartya Sen, Un nouveau modèle économique : Développement, justice, liberté (Development as Freedom),trad. fr. Michel Bessieres, Paris,Odile Jacob, 2003.

    (18) Pierre Salama, Jacques Valier, op.cit., p. 119.

    (19) Aujourd’hui, plus personne ne peut ignorer la responsabilité directe ou indirecte de ces institutions – et donc des pays les plus industrialisés qui les dirigent – dans le déclin de certains pays en développement depuis quelques décennies. Notamment depuis l’excellent film « Bamako » du réalisateur Abderrahmane Sissako, sorti en 2006, « sélection officielle » au festival de Cannes et Grand Prix du Public aux « Rencontres Paris Cinéma 2006 », avec, entre autres, des acteurs comme la comédienne Aïsa Maïga, l’avocat William Bourdon, et la participation de l’écrivaine et ancienne ministre de la Culture du Mali, Aminata Traoré. Voir également l’ouvrage fondamental de Joseph E. Stiglitz, La grande désillusion (Globalization and Its Discontents), trad. fr. Paul Chemla, Paris, Fayard, 2002.

  • Haïti – FLASH : Libération stupéfiante d’un Pasteur haïtien accusé de viol

    Haïti – FLASH : Libération stupéfiante d’un Pasteur haïtien accusé de viol

    L’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a appris avec stupéfaction qu’au cours de la deuxième journée des assises criminelles sans assistance de jury tenue dans la Juridiction du Tribunal de Première Instance de Jérémie, que le Juge du Tribunal Criminel, Jean Baptiste Louis Jean a ordonné, le mardi 16 juillet 2019, la libération immédiate du Pasteur Petit, accusé de viol sur une mineure de 14 ans dans la localité de Grand Vincent, Section Communale des Roseaux.
    L’OPC tient à rappeler que le Pasteur Petit avait déjà été arrêté, le 19 décembre 2017, pour abus sexuel sur la personne d’une fillette dénommée Ernesie Dimanche, puis libéré, le 29 décembre 2017, sans aucune forme de poursuites.

    Constatant la légèreté avec laquelle les dossiers de viol sont traités, l’OPC avait recommandé aux autorités judiciaires d’engager de nouvelles poursuites à l’encontre du pasteur après avoir confirmé que la victime était devenue enceinte. Donnant suite à cette démarche, la justice a procédé une deuxième fois à l’arrestation du Pasteur en avril 2018. Après avoir été régulièrement saisi, le Juge instructeur chargé du dossier, le Magistrat Rosny Saint-Louis a ordonné un test ADN immédiatement après l’accouchement de la fillette dont les conclusions ont confirmé que le Pasteur était bien le père de l’enfant. Devant cette preuve, le Juge Instructeur a rendu son ordonnance et renvoyé l’inculpé devant le Tribunal Criminel pour y être jugé conformément à la loi.

    « Cependant, en dépit des preuves irréfutables versées dans le dossier dont les certificats confirmant le viol, la confirmation du test ADN et l’acte d’engagement dument signé de l’intéressé et authentifié par un notaire, le Juge Jean Baptiste Louis Jean a décidé de passer outre de ces pièces à conviction en ordonnant la libération immédiate de l’accusé. » déplore l’OPC.
    Renan Hedouville, le Protecteur du Citoyen réaffirme que « de telles pratiques ne font que ternir davantage l’image de la justice et renforcent le phénomène de l’impunité. »
    Face à une telle situation et au regard des allégations faisant état d’une vaste opération de corruption dans ce dossier, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) invite instamment le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP) à diligenter une enquête en vue de statuer sur les raisons qui seraient à l’origine de la libération du Pasteur Onold Petit.

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