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  • Dalembert: "L’énergie, je la puise auprès des femmes qui m’ont éduqué"

    Dalembert: "L’énergie, je la puise auprès des femmes qui m’ont éduqué"

    « La femme est le véritable poteau mitan de la charpente sociétale. Or, elle ne cesse de subir des violences de toutes sortes, de manière encore plus évidente ces derniers temps chez nous, où les gangs violent en toute impunité », a affirmé le romancier haïtien Louis-Philippe Dalembert, lauréat du Prix de la langue française 2019. Mur Méditerranée, grande fresque de la migration, rend hommage à des femmes de courage, déterminées et pleines de vie. Entretien.

    Loop : Mur Méditerranée, paru chez Sabine Wespieser, dessine les destinées tragiquement contemporaines de trois femmes venues de Syrie, du Nigéria et d’Erythrée qui risquent leurs vies pour tenter de gagner l’Europe, en passant par la Libye. Récit salué par Tahar Ben Jelloun. « Roman de la migration au féminin », a écrit RFI. Dites-nous quand exactement l’idée d’écrire ce roman a flotté dans votre tête ?

    Louis Philippe Dalembert. : Depuis longtemps, depuis toujours, j’ai envie de dire. J’ai déjà écrit un roman de la migration, L’Autre Face de la mer, ou du vagabondage : L’Ile du bout des rêves, qui sera adapté en bande dessinée l’année prochaine. J’ai aussi publié des romans où la femme joue un rôle de premier plan : Ballade d’un amour inachevé, Avant que les ombres s’effacent… Mais c’est la première fois que les deux thématiques sont réunies dans un même ouvrage. Plus concrètement, j’avais déjà trouvé le titre en faisant des recherches pour le roman précédent, publié en mars 2017.

    À partir de là, j’ai poursuivi mes recherches, séjourné un mois à l’île de Lampedusa, au sud de l’Italie, où arrivent beaucoup des réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe par bateau. J’ai pu m’entretenir avec des femmes réfugiées, notamment des Subsahariennes, détenues dans le centre de rétention de l’île. J’ai beaucoup appris à les écouter. En écrivant le roman, j’ai essayé de retranscrire leur voix, la retenue qui caractérise leur propos, sans édulcorer pour autant ce qu’elles ont pu vivre durant le trajet qui les a amenées jusqu’en Europe.

    Loop : Ce prix n’a jamais été, jusqu’ici, remis à un écrivain haïtien. Et vous êtes le premier à avoir été honoré par l’édition 2019. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, en tant que récipiendaire, et pour le milieu littéraire haïtien en général ?

    L.P.D. : J’espère que d’autres collègues haïtiens pourront l’obtenir. Je ne pense pas ma vie en termes de premier ou de dernier. C’est peut-être difficile à imaginer, vu de l’extérieur. Mais être le premier, ou le seul, n’a jamais été un objectif pour moi. Chacun trace son chemin à son rythme, de manière à y trouver son compte. Et quand on y arrive, on est forcément heureux. C’est mon cas.

    Difficile de savoir ce que ce Prix de la langue française peut représenter pour le milieu littéraire haïtien. C’est à vous, journalistes, de faire votre enquête là-dessus. En revanche, s’il peut inciter les plus jeunes à concevoir l’écriture comme une passion certes, mais faite de ténacité, un travail de longue haleine, ce prix aura été utile à d’autres qu’à moi. Et c’est tant mieux.

    Loop : Trois femmes (venues de Syrie, de Nigéria et de l’Erythrée) ont été campées comme personnages centraux dans votre roman. Pourquoi avez-vous choisi de donner la parole à des femmes ? Que charrie cette perspective narrative ?

    L.P.D. : A rappeler tout simplement le rôle essentiel de la femme dans ces pays, dans le monde. On a parfois tendance à l’oublier. On en sait quelque chose en Haïti : la femme est le véritable poteau mitan de la charpente sociétale. Or, elle ne cesse de subir des violences de toutes sortes, de manière encore plus évidente ces derniers temps chez nous, où les gangs violent en toute impunité. Ces violences peuvent amener les femmes à vouloir quitter leur pays d’origine. Le roman met en scène des femmes déterminées, courageuses, mais aussi pleines de vie. Quand les femmes commencent à s’en aller, en emmenant avec elles des enfants en bas âge, c’est signe que la société dans laquelle elles vivent se délite.

    Loop : Que nous enseigne ce regard neuf porté, à travers votre ouvrage, sur la réalité de la migration de manière globale ?

    L.P.D. : Avant, les gens fuyaient la guerre, la dictature, la pauvreté. Aujourd’hui, on assiste de plus en plus à ce qu’on peut nommer une migration climatique. C’est le cas de la Nigériane Chochana dans Mur Méditerranée. Dans mon enfance, il n’y avait pas autant de cyclones aussi violents. Les plus destructeurs, Hazel, Inez, puis David, Hugo… servaient de marqueurs dans le temps. Aujourd’hui, il y en a tellement tous les ans qu’on ne se rappelle même plus leurs noms. C’est un des phénomènes, le dérèglement climatique, sur lequel le roman tente, en toute modestie, d’attirer l’attention.

    Loop : Vous êtes à votre neuvième roman dans votre carrière littéraire auréolé de nombreux prix et de distinctions importantes. Vous êtes aussi l’auteur de poèmes publiés en français comme en créole. Ou puisez-vous encore de l’énergie pour écrire ? Qu’est-ce qui explique que votre souffle n’est jamais coupé tant d’années après ?

    L.P.D. : Le neuvième en français. Il y en a aussi un en créole, trois recueils de nouvelles, des recueils de poèmes et deux essais. L’énergie, je la puise auprès des femmes qui m’ont éduqué, même si elles ne sont plus de ce monde. Elles ont été longtemps un modèle pour moi, un modèle de courage, de détermination, mais aussi de générosité et de tolérance. Ce roman, Mur Méditerranée, est une façon de leur rendre hommage. De prolonger leur vision du monde.

  • Most Haitians demand resignation of President Jovenel Moïse

    Most Haitians demand resignation of President Jovenel Moïse

    Port-au-Prince, Oct 23 (Prensa Latina) Hundreds of Haitians once again took to the streets of the capital of Haiti to demand the resignation of President Jovenel Moïse, in the sixth consecutive week of anti-government protests.
    In several areas of Port-au-Prince, protesters sang songs against the government and criticized that after a month the president insists on maintaining his position, despite his unpopularity.
    “The political crisis keeps schools closed,” Sony Paul told Prensa Latina as he marched through the Petion Ville neighborhood.
    He added that the country cannot continue like this because in addition to the children, businesses are closed and people begin to lose their jobs.
    Since mid-September, Haitians have taken the streets of the country almost daily, calling for a system change that allows 80 percent of the population to be taken out of poverty.
    The demonstrations that have been radicalized in the country demand a redistribution of national resources, as well as greater access to employment, education, health and other services.
    “For us there is no hope for a better future, because we are getting worse,” Jean Jacques lamented.
    Despite the intense mobilization, which keeps the country paralyzed, the head of state avoids speaking of resignation.
    ‘I am attached to the reforms. I refer, for example, to constitutional reform. I am referring to the reform of the energy sector, to the digitization of public administration, ‘Moïse told Radio Francia Internacional.
    According to the head of state, the deep crisis in Haiti must become an opportunity, however, the country needs stability.

    Source: zolfm

  • Haïti: Agénor Cadet plaide pour la reprise des activités scolaires

    Haïti: Agénor Cadet plaide pour la reprise des activités scolaires

    Le titulaire du ministère de l’éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, dans une intervention via compte officiel du ministère le 19 octobre, sollicite ‘’la compréhension des acteurs’’ afin de faciliter la réouverture des classes au profit des écoliers et du pays.

    38 jours de classes sont déjà perdus dans le calendrier scolaire prévu par le ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle (MENFP) pour l’année académique 2019-2020. Depuis les 6 semaines de “Pays lock”, la réouverture des classes constitue l’une des préoccupations majeures de la crise que traverse le pays.

    Dans une déclaration faite à travers une note vocale d’une durée de d’une minutes 36 secondes, le ministre démissionnaire de l’Education nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, presse les différents acteurs du système éducatif à reprendre les activités académiques en dépit de la situation critique que traverse le pays.

    Lire : Enseignants, élèves et parents marchent dans plusieurs villes d’Haïti

    Le ministre qui informe que certaines écoles fonctionnent dans plusieurs villes de provinces, sans pour autant préciser ces régions, déplore le fait que des acteurs politiques enclavent l’avenir des écoliers dans le cadre de leur mouvement de protestation. Alors que selon le numéro 1 du MENFP « plusieurs voies se sont déjà élevées afin d’exiger la réouverture des classes ».

    Monsieur Cadet qui dit considérer les filles et les fils des familles moins aisées comme les véritables perdants de la crise, souligne que des enfants des familles fortunées ont déjà laissé le pays pour s’offrir le pain de l’éducation dans des pays étrangers. En ce sens, le MENFP dit solliciter le sens de responsabilité des acteurs afin de faciliter le retour des enfants dans les salles de classe.

    Croyant fermement qui sa voix sera entendue, monsieur Cadet, qui est parallèlement le ministre a.i. de l’intérieur, précise que des dispositions visant à rétablir les conditions sécuritaires sur tout le territoire ont été prises par le gouvernement. Le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) a adopté des mesures afin de faciliter le retour des écoliers dans les salles de classes.

    Cependant, le lundi 21 octobre, date à laquelle ministre a souhaité la reprise des activités scolaires, des centaines d’écoliers, professeurs, directeurs d’écoles et parents d’élèves ont marché à travers les rues de Port-au-Prince, Jérémie, Saint-Marc et aux Cayes à l’instar d’autres secteurs de la vie nationale, afin de de réclamer le départ du président Jovenel Moïse qu’ils accusent d’être l’élément de blocage de la réouverture des classes.

    Signalons que dans la foulée, les écoles congréganistes ont annoncé que leurs portes resteront fermées jusqu’à un dénouement de la crise actuelle.

  • Haïti-Accident : 3 morts et 50 blessés du 14 au 20 octobre

    Haïti-Accident : 3 morts et 50 blessés du 14 au 20 octobre

    L’organisation Stop Accident dit enregistrer pour la semaine allant du 14 au 20 octobre, un total de 22 Accidents de la voie publique qui ont engendré 3 morts et une cinquantaine de blessés.

    Dans ce bilan hebdomadaire, le docteur Garnel Michel, président de l’association, dit dénombrer une dizaine de blessés enregistrés lors de l’accident survenu pendant la manifestation organisée par les artistes et les religieux dimanche 20 octobre.

    D’après le docteur Michel, la circulation qui est quasi-impraticable à cause des mouvements « Pays Lock » favorise une réduction considérable des accidents de circulation.

    Toutefois le président de l’association qui milite pour les droits des usagers de la route en Haïti, rappelle que les exigences de l’organisation restent inchangées. Elle réclame des meilleures infrastructures routières et un comportement responsable du côté des usagers de la route.

  • Les écoles congréganistes fermées en attendant une sortie de crise

    Les écoles congréganistes fermées en attendant une sortie de crise

    La Conférence haïtienne des religieux.se.s annonce la fermeture temporaire des portes de leurs écoles à travers tout le pays. Une décision qui a été prise en raison de la crise politique qui affecte tous les secteurs d’activité, dont celui de l’éducation. Ces établissements scolaires resteront fermés jusqu’à ce qu’un dénouement soit trouvé dans les meilleurs délais.

    C’est le révérend Père Firto Régis, membre de la Conférence haïtienne des religieux.se.s, qui a annoncé la nouvelle lors de sa participation à l’émission « Haïti, Sa k ap kwit ? » sur Télé 20. « Avec beaucoup d’amertume, nous constatons que les écoles ne fonctionnent pas. Nous constatons aussi que rien n’est fait pour garantir le fonctionnement des écoles », a déploré le religieux, qui souligne que c’est toute la société, les écoliers en particuliers qui subissent les conséquences de la crise.

    Face à l’aggravation de la situation socio politique du pays, le révérend Père Firto Régis estime qu’il sera difficile de rattraper les jours perdus depuis l’année dernière. L’éducateur évoque aussi l’incertitude qui plane autour de la reprise des activités scolaires cette année. « Pour le moment, on ne peut faire aucune projection », a-t-il dit au journal Le Nouvelliste.

    Parallèlement, le représentant de la Conférence haïtienne des Religieux, qui regroupe 98 communautés, exprime ses préoccupations par rapport à la santé mentale des parents, des enseignants et des écoliers qui, souligne-t-il, se détériore avec la dégradation des conditions environnementales. Pour Firto Régis, cette réalité ne fait qu’aggraver le système éducatif haïtien.

    Fort de toutes ces considérations, l’homme de Dieu souligne que les conditions ne sont pas réunies et annonce la fermeture de leurs établissements scolaires (les écoles congréganistes), en attendant un dénouement à la crise. Il fustige en ce sens l’attitude du ministre de l’Éducation, Pierre Josué Agénor Cadet, qui appelle à la reprise des activités scolaires en dépit du contexte politique actuel. « C’est cynique de demander aux parents de gagner les rues en exposant leurs enfants. C’est du cynisme politique », a-t-il dit, soulignant que la crise politique actuelle est inédite dans toute l’histoire d’Haïti.

    Rappelons que les religieux ont organisé ce mardi 22 octobre 2019, une marche pacifique à Port-au-Prince, pour interpeller les consciences et demander aux autorités haïtiennes de “tirer les conséquences” de leurs “inconséquences”. Dans ce mouvement populaire qui a rassemblé des milliers de gens dont des militants de l’opposition, les frères et sœurs catholiques ont invité le président Jovenel Moïse à prendre une décision de sagesse, pour débloquer la situation.

    La marche s’est achevée à la cathédrale de Port-au-Prince, où une messe a été chantée par l’Archevêque métropolitain, Max Leroy Mésidor.

  • Les gangs armés, l'un des principaux bénéficiaires du « Peyi Lòk »

    Les gangs armés, l'un des principaux bénéficiaires du « Peyi Lòk »

    La période de turbulence que connait Haïti depuis (6) six semaines ne fait pas que ralentir les activités économiques et sociales du pays. Autre corollaire, les gangs armés en ont profité de cette instabilité chronique pour pulluler et semer la terreur dans les principales artères de la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Des victimes en témoignent de leurs péripéties.

    « J’ai été séquestré pendant plus de six (6) heures à Damien (à l’entrée Nord de la capitale), par des bandits armés. Il était 2 heures de l’après-midi, quand ils m’ont conduit sur la route menant vers la Compagnie Barbancourt ». Cet accablant témoignage provient d’un journaliste à Radio Vision 2000, Peterson Joseph, lequel il a partagé sur sa page Facebook 12 octobre dernier. L’animateur de l’émission « Pluri Culture » a rapporté que les hommes armés ont emporté ordinateur, téléphone portable, argent, etc. « Ils m’ont ligoté, bastonné et malmené. Mais Dieu merci ils m’ont relâché par la suite », s’écrie-t-il.

    Six (6) jours plus tard, le journaliste Pierre Renel René, se trouvant à la tête d’une délégation, allait à son tour victime d’un groupe d’individus armés dans la localité de Fauché, commune de Grand-Goâve. Le présentateur du journal « Gran Boulva » sur Caraïbes FM qui se rendait à Torbeck pour assister aux funérailles de son père, a buté sur une barricade, protégée par des hommes lourdement armés. Pierre Renel René a rapporté que le groupe a été contraint de descendre des véhicules et d’allonger à même le sol.

    « Apparemment très menaçants, ils ont fouillé systématiquement toutes les voitures. Ils n’ont rien volé, mais ils nous ont intimé l’ordre de rebrousser chemin. On n’avait pas le choix, la délégation a dû retourner à Port-au-Prince », a expliqué l’animateur vedette de la matinale de Caraïbes FM. « Je viens de voir la mort en face. La situation était très compliquée ! », regrette-t-il sur sa page Facebook, quelques heures après l’acte.

    16 Octobre dernier, à Delmas 59, le policier Clifford Dardignac, affecté à l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN), a été tué par balles par des individus armés. Issu de la 21ème promotion de la PNH, Clifford a été assassiné alors qu’il revenait d’une banque commerciale de la commune la plus prospère d’Haïti. La fureur des bandits, comme en temps normal, n’épargne pas les policiers qui sont censés missionnés pour protéger et servir la population.

    Des cas de meurtre, de braquage ou de vols à main armée parmi tant d’autres sont recensés à travers le pays ces derniers mois. Ce qui prouve clairement que les gangs armés n’ont pas chômé durant les « Peyi Lock ». Des commissariats de police et des tribunaux de paix pillés ou incendiés, un système judiciaire dysfonctionnel. Les rues et les routes nationales sont livrées aux bandits, qui ont pratiquement le champ libre. Les forces de l’ordre, malgré la multiplication des manifestations de rue, tentent parallèlement de dévier certaines attaques armées.

    Au cours de la semaine écoulée, deux (2) présumés bandits ont été tués dans les parages du Rectorat de l’UEH, sur la route de Bourdon. Ces malfrats qui étaient au total de trois (3), circulant à moto, rançonnaient des passants qui fréquentaient la zone. Selon un rapport du service de sécurité du rectorat, ils ont braqué trois (3) policiers en civil qui revenaient de leur poste. Deux des présumés bandits ont été tués par les policiers et l’autre a été arrêté. La moto a été confisquée, et une arme à feu a été saisie par les agents de la PNH. Cette attaque perpétrait au moment où une branche de la manifestation de l’opposition, longeait la ruelle Rivière.

    Si la crise politique actuelle fait le bonheur des hommes armés dans plusieurs coins du pays, elle fait en revanche des victimes, parfois des inconnus dont le seul tort qu’on leur reconnait c’est de se trouver sur le lieu du crime au moment inopportun. Une situation affligeante qui ne peut laisser personne indifférente.

  • Haïti: la crise s'accentue, Moïse propose d'en faire "une opportunité"

    Haïti: la crise s'accentue, Moïse propose d'en faire "une opportunité"

    Face à près de deux mois de manifestations violentes réclamant sa démission, le président haïtien Jovenel Moïse affirme ne pas être “accroché à un mandat” mais n’annonce aucune mesure immédiate face aux conséquences humanitaires, économiques et sociales de la crise politique.

    Interrogé en exclusivité par l’AFP sur la possibilité de mettre un terme précocement à son mandat présidentiel, Jovenel Moïse a répondu mardi qu’il n’était “pas accroché à un mandat, (il est) accroché à des réformes parce que ce pays souffre depuis plusieurs décennies” listant comme prioritaires “la réforme constitutionnelle, de la réforme du secteur de l’énergie, la digitalisation de l’administration publique, la réforme des douanes”.

    Lancée fin août après une longue pénurie de carburants dans le pays, la mobilisation populaire contre son pouvoir s’est amplifiée ces derniers jours avec l’entrée des acteurs culturels et religieux dans le concert des contestataires.

    L’absence prolongée de dialogue entre les camps politiques mine la déjà très faible économie haïtienne : plusieurs entreprises, notamment des établissements hôteliers de la capitale, ont déjà dû congédier ou licencier des centaines d’employés faute d’activité.

    “C’est vrai, il y a un problème”, a concédé M. Moïse lors de cet entretien. “Il y a un ras-le-bol. Les gens sont exaspérés. Il y a des entreprises qui ferment leurs portes, qui sont en train de réduire leur personnel”.

    “Mais il faut voir comment profiter de cette crise, pour faire de cette crise une opportunité”, ajoute-t-il, expliquant que cela “demande beaucoup de dépassement de soi, de sagesse et de sérénité”.

    – “Pour que la paix revienne” –

    Par peur des violences qui surviennent parfois en marge des rassemblements, la majorité des établissements scolaires haïtiens gardent porte close depuis plus d’un mois.

    “J’exhorte mes frères et sœurs de l’opposition à voir comment faire avec le gouvernement : il y a des pourparlers pour trouver une trêve, pour permettre aux parents et aux élèves de reprendre le chemin de l’école”, a signalé le président haïtien, au pouvoir depuis début 2017.

    Le chef d’État n’a pas fourni davantage de détails sur d’éventuelles mesures d’urgence contre les blocages criminels des routes qui s’organisent depuis quelques semaines en marge de la contestation politique ou pour lutter contre l’emprise des gangs qui s’aggrave sur les villes haïtiennes depuis plusieurs années.

    “Les gens qui rançonnent sur les routes, qui font des barricades, ce sont des Haïtiens qui sont en quête d’emplois”, a estimé Jovenel Moïse qui rappelle que la police ne compte que 20.000 agents pour 12 millions d’habitants.

    “Les armes qui parlent, qui retentissent dans le pays, il faut les faire taire. C’est ce que nous sommes en train de faire (…) Nous sommes en train de travailler pour que la paix revienne, pour que le peuple haïtien retrouve sa sérénité et que les enfants puissent retourner à l’école”, a insisté M. Moïse.

    – “Pas de chasse aux sorcières” –

    Avant que cette crise n’explose et ne paralyse le pays, Jovenel Moïse était déjà la cible de critiques d’organisations de la société civile militant contre la corruption.

    Enquêtant sur la gestion de plus de deux milliards de dollars américains du fonds dit “Petrocaribe”, la Cour supérieure des comptes avait pointé du doigt plusieurs entreprises, dirigées par M. Moïse avant son entrée en politique, comme étant “au coeur d’un stratagème de détournement de fonds”.

    Dans un rapport, la Cour détaillait la gestion calamiteuse du fonds d’aide alloué à Haïti par le Venezuela entre 2008 et 2018, dans le cadre du programme Petrocaribe. L’initiative de l’ancien président Hugo Chavez a permis à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes d’acquérir des produits pétroliers à un prix avantageux, mais a toujours été perçue comme source de gaspillage et de corruption utilisée par les quatre exécutifs haïtiens qui se sont succédés.

    Après la publication du rapport de la Cour supérieure des comptes, Jovenel Moïse avait demandé l’aide de l’Organisation des États Américains (OEA) pour réaliser un audit de Petrocaribe, une requête perçue par ses détracteurs comme une stratégie d’esquive et de défiance envers la justice haïtienne.

    “Certains pensent que c’est de l’ingérence dans les affaires de l’Etat, mais nous sommes membre fondateur de l’OEA. Ca n’est pas un problème de confiance, au contraire, c’est pour donner la confiance à tout le monde, pour dire à tout le monde : il faut un procès équitable, il faut un procès où il ne va pas y avoir de chasse aux sorcières ni de persécution politique”, s’est défendu Jovenel Moïse.

    Amélie Baron

  • « Mache Kontre », une nouvelle proposition pour une sortie de la crise

    « Mache Kontre », une nouvelle proposition pour une sortie de la crise

    « Mache Kontre », une nouvelle proposition pour une une résolution “inclusive” de la crise actuelle.

    « Mache Kontre » est la nouvelle démarche autour de laquelle les partis politiques Fusion des sociaux-démocrates, Mochréna, Opl, Vérité et Veye yo s’allient pour proposer une sortie inclusive de la crise à laquelle le pays se trouve confronté depuis plusieurs mois. Ils ont, à cet effet, élaboré un document intitulé « Propositions pour une sortie inclusive de la crise ».

    Ces cinq (5) partis proposent la mise en place d’un Conseil National de Transition qui aura pour mission entre autres de définir les modalités de choix, après le départ de Jovenel Moïse, d’un président, d’un Premier ministre et de valider le choix des membres du gouvernement de transition.

    Le conseil de transition sera composé des représentants d’organisations politiques, de la société civile et du secteur privé des affaires et aura un mandat qui ne devra pas excéder 7 février 2022. Cette structure sera constituée d’un tiers de femmes au moins. Ses membres ne pourront pas se porter candidats aux élections qui seront organisées à la fin de la transition. Si la fonction des membres de ce conseil de transition n’est pas salariée, chaque membre recevra un montant forfaitaire tout au long de la période de son travail.

    Ces cinq structures politiques se disent ouvertes à des discussions avec les autres formations politiques et organisations de la société civile en vue d’arriver à une proposition commune. Elles désapprouvent au passage la démarche de plusieurs acteurs de vouloir prendre le contrôle de la transition.

    « Toute démarche qui vise ouvertement ou de manière subtile à donner le contrôle de la transition à un secteur ou à un groupe de secteurs à l’exclusion des autres est vouée à l’échec et ne permettra pas de bâtir ensemble le projet national de transformation de notre société. Ceux qui veulent mettre un terme au régime PHTK et préparer l’après Jovenel Moïse, doivent surmonter les divisions et de s’asseoir ensemble sans idées préconçues.

    Soulignons que la création de ce conseil national de transition portera à trois le nombre de structure visant à faciliter une issue à la crise politique. Alors que la commission de facilitation de la passation du pouvoir a été initiée par l’opposition, une autre structure dénommée «PASSERELLE » a été créée par des membres de la société civile et du secteur privé des affaires.

  • Conflit Moïse vs E-Power: d'anciens commis d’Etat trainés en justice

    Conflit Moïse vs E-Power: d'anciens commis d’Etat trainés en justice

    D’anciens ministres et directeur général impliqués dans la signature du contrat entre l’Etat haïtien et la compagnie E-Power, traînés en justice.

    Nouvelle étape dans le conflit opposant le président de la République Jovenel Moïse et la compagnie d’électricité E-Power. Après des échanges de correspondances, le gouvernement a décidé d’intenter une action en justice contre les anciens grands commis de l’Etat qui ont signé le contrat d’énergie avec la firme E-Power.

    Il s’agit des anciens ministres des travaux publics transport et communication (MTPTC) et de l’économie et des finances (MEF), Frantz Véréla et Daniel Dorsainvil ainsi que de l’ex-directeur général de l’électricité (EDH) Serge Raphaël.

    Dans le cadre de sa démarche, la direction générale des impôts (DGI) a été instruite de poursuivre ces anciens responsables d’Etat conformément à la loi, selon une note du bureau du secrétaire d’Etat démissionnaire à la communication jugeant que l’Etat haïtien a été préjudicié dans cette affaire.

    Le gouvernement haïtien par le biais du MEF, du MTPTC, avait fait valoir sa velléité de modifier des contrats conclus avec trois (3) compagnies privées qui lui fournissent de l’électricité, à savoir Haytian tractor & Equipment Co. S.A. (Haytrac), E-Power et Société générale d’énergie S.A. (Sogener).

    Ces entreprises ont toutes désapprouvé la démarche du gouvernement. Dans une correspondance adressée aux ministères susmentionnés en date du 18 octobre 2019, la compagnie E-Power a, elle-même, indiqué que le contrat qui été paraphé entre l’État haïtien, l’ED’H et la compagnie E-Power, l’a été « au terme d’un long et transparent processus d’appel d’offres international, dont E-Power est sortie gagnante, sans aucune contestation des six autres firmes concurrentes ayant participé à cette compétition ».

    Lors de sa sortie à la presse, mardi 15 octobre dernier, le président MoÏse avait indexé certains groupes de la société comme des gardiens du système actuel. D’ailleurs, il les pointait comme les responsables de la crise qui secoue le pays. Monsieur Moise a donc décidé, par la suite, de réviser unilatéralement des contrats avec des compagnies fournisseuses d’électricité en Haïti.

    Toutefois, les acteurs politiques semblent ne pas accorder d’importance à la démarche de Jovenel MoÏse. De leurs points de vue, il s’agit de manoeuvres visant à détourner l’attention de la population réclamant sa démission.

    Jésula Simon

    Marc Evens Lebrun

  • L'Etat haïtien sollicite une aide alimentaire des États-Unis

    L'Etat haïtien sollicite une aide alimentaire des États-Unis

    L’administration Moïse-Lapin a sollicité le 11 octobre une aide alimentaire des États-Unis via le Food for Peace selon ce qu’a communiqué le ministre des Affaires étrangères, Edmond Bocchit. D’après le chancelier, cette aide visera à pallier à la crise alimentaire que traverse le pays depuis les différents mouvements “Pays Lock”.

    Le ministre haïtien des Affaires étrangères, Edmond Bocchit, a formulé une demande d’aide alimentaire à son homologue, le secrétaire d’Etat américain Michael Richard Pompeo le 11 octobre lors de son passage à Washington DC. Dans une correspondance, rapportée par le journal le Nouvelliste, le chancelier notifie : « La sécurité alimentaire est l’une des priorités définies par son Excellence, le président Jovenel Moïse, depuis son accession au pouvoir. Les mécanismes mis en place, faute de moyens financiers adéquats et des catastrophes naturelles, n’ont malheureusement pas encore produit les fruits escomptés ».

    De ce fait, le chancelier Bocchit dit adresser sa requête au nom de l’administration qu’elle représente afin de venir en aide aux Haïtiens qui depuis 6 semaine font face à une pénurie de presque tous les produits alimentaires. « Je lance, au nom du gouvernement de la République, un appel pressant à une aide d’urgence et un support logistique de votre pays pour la distribution de cette aide. Cette aide pourra s’inscrire aisément dans le cadre de l’important programme Food for Peace » précise monsieur Bocchit.

    Le diplomate poursuit en expliquant que « la situation en matière de sécurité alimentaire s’est gravement dégradée sous l’effet de la crise politique qui secoue le pays depuis plusieurs mois ». Des mois de pénurie qui peuvent épuiser la patience de la population haïtienne, selon que ce que comprend le chancelier. « Le peuple qui a faim ne pourra pas attendre la résolution de la crise politique pour avoir accès à l’alimentation », dit-il.

    Rappelons que lors de la publication en juillet 2019, du dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), la République d’Haïti avait le plus grand record de malnutrition en 2019 dans les Amériques avec un taux de malnutrition de 49,3%.

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