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  • Plus de 15 nouveau-nés en danger à l'hôpital Sainte-Croix de Léogâne

    Plus de 15 nouveau-nés en danger à l'hôpital Sainte-Croix de Léogâne

    L’hôpital Saint-Croix de Léogâne fait face depuis au moins trois semaines à de graves difficultés, selon ce qu’a confié à notre rédaction ce mercredi après-midi, le révérend père Jean Michelin Saint-Louis.

    Selon le directeur général du centre hospitalier, l’institution est presqu’à court de carburant alors qu’une commande a été effectuée depuis plus de quinzaine jours. “Nous risquons de ne pas pouvoir tenir plus longtemps. Et nous n’arrivons pas à nous approvisionner à Port-au-Prince à cause de la crise”, indique-t-il.

    Pire, le stock d’oxygène de l’hôpital est presqu’épuisé, alors que presqu’une vingtaine de nouveau-nés se trouvent en ce moment au service néonatologie. “Leur vie en dépend grandement” fait savoir père Saint-Louis joint au téléphone par Loop Haiti. Il souligne que tout manque d’oxygène sera fatal pour ces enfants.

    Jean Michelin Saint-Louis lance donc un message aux autorités compétentes et aux manifestants occupants les rues depuis plusieurs semaines. Il invite ces derniers à prendre les dispositions afin de permettre aux hôpitaux de s’approvisionner en carburant, oxygène entre autres et à continuer à sauver des vies.

    L’hôpital Sainte-Croix dessert la population léogânaise depuis environ 50 ans.

  • Haïti: les manifestants rejettent l’appel au dialogue du président

    Haïti: les manifestants rejettent l’appel au dialogue du président

    Les détracteurs du président haïtien Jovenel Moïse ont rejeté mercredi l’appel au dialogue lancé par le dirigeant alors que les manifestations, souvent violentes, réclamant sa démission paralysent les principales villes de Haïti depuis plus d’un mois.

    La présidence haïtienne a publié dans la nuit de mardi à mercredi une liste des sept personnes choisies, parmi lesquelles des anciens ministres et conseillers du parti de M. Moïse, «en vue de conduire les discussions devant aboutir à une solution concertée de sortie de crise».

    «Les principales forces de l’opposition ne vont pas accepter de rencontrer cette commission mort-née, qui n’a aucune crédibilité», a indiqué à l’AFP André Michel, dirigeant de l’une des organisations à la tête des manifestations.

    La colère populaire contre Jovenel Moïse, décrié par les opposants les plus radicaux depuis son arrivée au pouvoir en février 2017, s’est accentuée fin août à la suite d’une pénurie de carburants généralisée à travers le pays.

    Majoritairement jeunes et issus des quartiers les plus pauvres, les manifestants exigent d’autant plus la démission du chef de l’État que des entreprises qu’il dirigeait avant son entrée en politique ont été épinglées par la Cour supérieure des comptes comme étant «au coeur d’un stratagème de détournement de fonds».

    «C’est avec les juges que les corrompus doivent dialoguer. Le président n’a aucune légitimité pour mener un dialogue. La population a déjà parlé avec lui pour lui demander de démissionner et de se mettre à disposition de la justice», a réagi mercredi le collectif «Nou pap domi»(«On ne dormira pas» en créole).

    Si les barricades sont moins nombreuses dans la capitale haïtienne mercredi, il est toujours impossible de se rendre dans une majorité de villes de province, où la contestation violente perdure, compliquant les approvisionnements en eau, nourriture et médicaments.

    Avant cette main tendue par Jovenel Moïse, les groupes d’opposition avaient déjà appelé à une nouvelle manifestation nationale vendredi, avec un objectif précis dans la capitale, Port-au-Prince.

    «Le cortège va se diriger vers la résidence du président pour aller chercher sa lettre de démission», annonce André Michel.

  • Un jeune de 20 ans lance une poissonnerie dans le Nord-Ouest

    Un jeune de 20 ans lance une poissonnerie dans le Nord-Ouest

    Frantz Choubert Maxéus est le nom du jeune entrepreneur âgé de seulement 20 ans. Il vient d’ouvrir une poissonnerie à Môle Saint Nicolas, commune du département du Nord-Ouest. Il lance cette initiative qui pour le moins apparaît prometteuse dans un département où la faim et les ressources naturelles sont en parfaite inadéquation.

    Lauréat du concours d’entreprenariat organisé par la Compassion International 06 juillet 2019, Frantz Choubert Maxeus fait partie d’une nouvelle génération de jeunes capable de réfléchir et de proposer des solutions durables à certains problèmes auxquels font face les communautés locales.

    Le natif de Môle Saint Nicolas dit avoir constaté qu’après avoir vendu les poissons capturés pendant la période réservée à la pêche, une très grande pénurie battait son plein dans la commune. Même les mieux fortunés n’y ont pas échappé. Les fruits de mer devenait une denrée rare. Maxéus pense que s’il y avait eu une entreprise destinée au stockage, à la gestion et à la vente de ces produits, on n’aurait pas assisté à cette rareté.

    Pour pallier à ce problème, une prévision de 608 200 gourdes a été faite par le jeune investisseur qui reçu 150 000 gourdes comme fond de démarrage. Un acte courageux dans une zone dont la pêche constitue l’une des principales activités économiques des habitants de cette commune.

    En élaborant ce projet, le jeune Frantz Choubert Maxéus dit espérer apporter une bonne contribution en alimentant le marché des fruits de mer de la commune du Môle Saint Nicolas via la mise en place d’une entreprise inédite mais aussi créer des emplois afin d’aider la communauté moloise ainsi que les zones avoisinantes.

  • Les avions volent presque vide en direction d’Haïti

    Les avions volent presque vide en direction d’Haïti

    Depuis plusieurs jours, les vols à destination de Port-au-Prince, en provenance de New York, Boston, Atlanta, Miami et Fort-Lauderdale sont quasiment vides en raison de la crise, de l’insécurité et des violentes manifestations en Haïti.
    Sur le trajet Atlanta / Port-au-Prince trois fois par semaine certains vol ne sont qu’à 25% de leur capacité, même constat sur la ligne Fort Lauderdale / Port-au-Prince.
    Une situation qui qui cause un manque à gagner pour le Haïti, préocuppe les compagnies aériennes et inquiète les étrangers et la diapsora haïtienne qui hésite a rentrer au pays ou reporte ses voyages dans l’espoir de jours meilleurs…
    Une réduction de passagers qui affecte durement le secteur touristique alors que certains nouveaux établissement n’ont pas encore atteint le seuil de rentabilité et qui accumulent des pertes. La réduction du personnel a commencé chez certains acteurs du secteur touristique et les risques de perdre des dizaines de milliers d’emplois que fait vivre ce secteur est à craindre si la crise dure trop longtemps…

  • Le Président Moïse nomme 7 «médiateurs» pour une sortie de crise

    Le Président Moïse nomme 7 «médiateurs» pour une sortie de crise

    Mardi, quelques heures après que le Président du Sénat, Carl Murat Cantave, ait demandé au Chef de l’État et aux élus des Pouvoirs Législatif et Judiciaires de mettre leurs mandats sur la table des négociations afin de résoudre la crise socio-politique ; Lyonel Valbrun, le Secrétaire Général a annoncé dans une note que le Président Jovenel Moïse avait nommé 7 personnalités chargées de conduire les discussions avec tous les acteurs impliqués devant aboutir à une solution concertée de sortie de crise
    Liste des personnalités nommés :
    Evans Paul (ex Premier Ministre) ;
    Josué Pierre-Louis (Coordonnateur Général de l’Office de Management et des Ressources Humaines ) ;
    Emilie Jessy Less, (ex ministre du Tourisme ;
    Rénald Lubérice (actuel secrétaire général du Conseil des ministres) ;
    Sainphor Liné Balthazar (Président du parti au pouvoir, Tet Kale) ;
    Jude Charles Faustin (Conseiller présidentiel) ;
    Jean Rodolphe Joazile (ex président du Parlement et ancien Ministre de la Défense).
    La note précise « le Président de la République est déterminé à tout mettre en œuvre afin que la Nation reprenne définitivement la voie de la stabilité, du progrès social économique et politique. »

  • Message à la Nation du Président du Sénat Carl Murat Cantave

    Message à la Nation du Président du Sénat Carl Murat Cantave

    Mardi face à la crise que traverse le pays, le Sénateur Carl Murat Cantave, Président du Sénat et de l’Assemblée Nationale a délivré un long message à la Nation aux accents parfois lyriques où, entre autres, il a conseillé au Chef de l’État de prendre les dispositions « pour entamer tout de suite et sans dilatoire le dialogue dans lequel vous avez incessamment engagé la communauté nationale et internationale depuis plus de 6 mois […] » soulignant « […] le dialogue constitue l’unique et la seule planche de salut pour la résolution de nos maux. »
    Le Sénateur Cantave a demandé au Président Moïse de mettre son mandat sur la table du dialogue, mais aussi les mandats des élus du Pouvoir législatif et ceux du Pouvoir judiciaires.
    Cantave souligne « […] Aujourd’hui, au lieu de nous entredéchirer, nous n’avons qu’un seul choix, celui de nous rassembler en frères autour […] des desiderata de la population. Aujourd’hui, nous avons le choix de délivrer ou d’être livrés, nous avons le choix de servir ou d’être desservis, nous avons le choix de gagner ou de perdre, de vaincre ou d’être vaincus.
    […] Le Sénat par la voix de son Président présente ses excuses au peuple haïtien tout entier pour ses déboires, ses fautes, ses incohérences, ses dérives et se porte garant de ce dialogue pour sauver ce qui peut être sauvé. Le Sénat ne mourra pas […]
    Le Président du Sénat que je suis encore, convoque les sénateurs, toutes chapelles confondues, à une assise urgente, une assise du devoir pour recoudre le tissu sénatorial déchiré et pour réfléchir sur un scénario rapide de sortie de crise. L’absentéisme n’est plus de mise, la politique de la chaise vide ne tient plus. Le pays a besoin de nous ! »

  • Gonaïves: la maison d’un magistrat attaquée par des individus armés

    Gonaïves: la maison d’un magistrat attaquée par des individus armés

    Des bandits lourdement armés ont attaqué dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 septembre 2019 la résidence privée du magistrat près la Cour d’Appel des Gonaïves, Me Ariol Cinéus. Son fils Ariol Junior Cinéus a été blessé de trois balles au bras droit.

    La victime a été transportée en urgence au centre hospitalier ’’La Providence ‘’des Gonaïves pour recevoir des soins de santé que nécessite son cas. Malheureusement, cet hôpital public était vidé de son personnel médical, selon Me Cinéus indiquant qu’il s’était, par la suite, rendu jusqu’à l’Hôpital Saint Nicolas de Saint-Marc après des démarches non fructueuses auprès d’autres centres hospitaliers de la cité de l’indépendance.

    A Saint-Marc, l’enfant de 11 ans a subi une intervention chirurgicale. Les chirurgiens ont enlevé l’un des trois projectiles qui étaient à son bras droit. Le membre du ministère public près la Cour d’Appel des Gonaïves informe s’être obligé de se rendre à l’étranger afin que l’enfant puisse être complètement soigné.

    Me Cinéus dénonce cette attaque armée qui, selon lui, est liée à son travail à la Cour d’Appel. Toutefois, il se garde d’identifier des personnes qui s’en auraient pris à lui.

    Le service départemental de la police judiciaire (SDPJ) a été saisi du dossier. Une enquête est ouverte pour faire la lumière sur cette affaire, annonce le parquetier.

  • Carl Murat Cantave invite Jovenel Moise à mettre son mandat sur la table des négociations

    Carl Murat Cantave invite Jovenel Moise à mettre son mandat sur la table des négociations

    Le président du Sénat, Carl Murat Cantave, invite le président de la République, Jovenel Moise à mettre son mandat sur la table des négociations en vue de trouver une solution à la crise.

    Il invite les sénateurs, les membres de la Cour de cassation, de la Cour supérieure des comptes, à effectuer le même geste parce qu’ils font partie du problème.

    Le président du Sénat de la République a fait remarquer que ”l’heure est grave et que les dirigeants ont échoué”.

    “Nous sommes tous des incompétents, des nuls, des hypocrites, des égoïstes”, a déclaré Carl Murat Cantave qui reconnaît que la population a le droit de manifester pour exprimer son ras-le-bol mais sans s’adonner à la violence.

    Vu la tournure prise par la mobilisation antigouvernementale, le président du Sénat de la République dit craindre une guerre civile dans le pays. 

    Il dénonce la recrudescence des actes de banditisme ainsi que les gangs armés qui prennent en otage la population. 

    ”Les pompes à essence, les hôpitaux, les universités et l’administration publique sont fermés depuis plusieurs semaines”, regrette Carl Murat Cantave. 

    La population vit dans la misère et la classe moyenne s’est appauvrie, déplore le président du Sénat de la République, Carl Murat Cantave, qui lance un cri d’alarme.

    Il salue le travail effectué par les forces de l’ordre pour garantir la sécurité des vies et biens de la population.

    Par ailleurs, Carl Murat Murat invite les acteurs politiques qui réclament la démission du président Jovenel Moïse à prendre le chemin du dialogue. ”Ayiti pa dwe peri. Ayiti pa dwe mouri”, a lâché Carl Murat Cantave qui appelle l’opposition politique à faire ce sacrifice dans l’intérêt du pays.

  • Les entreprises, victimes collatérales de la crise en 

    Les entreprises, victimes collatérales de la crise en 

    Des dizaines de milliers de dollars de production réduits en cendre: ravagée par un incendie, l’entreprise d’artisanat Caribbean Craft à Port-au-Prince illustre les difficultés du secteur privé haïtien face à l’instabilité sociale et la défaillance de l’État, englué dans une crise politique.

    “On n’a rien pu sauver, les commandes, le matériel, même les bâtiments. C’est comme si c’était ma vie qui était partie en fumée”, témoigne Mario Denestant, fondant une nouvelle fois en larmes.

    L’homme de 35 ans, responsable de production, est toujours sous le choc de l’incendie qui a ravagé, la semaine dernière, l’entreprise dans laquelle il travaille depuis 2010.

    D’origine inconnue mais suspecte, le feu est parti du parking de l’entreprise voisine de location automobile Avis. En pleine nuit, les flammes ont ravagé plusieurs véhicules et ont surtout rapidement consumé les importants stocks entreposés dans l’usine d’artisanat.

    La production de Caribbean Craft est à 90% fondée sur le papier mâché et se compose de nombreux objets de décoration: beaucoup de formes animales, des vases, des appliques murales, de larges coffres à jouets pour enfants.

    “On avait des commandes qu’on aurait dû expédier il y a plus de trois semaines mais, à cause des problèmes du pays, les conteneurs ne pouvaient pas arriver ici”, explique M. Denestant.

    Ces “problèmes”, évoqués sobrement, ont en fait été une paralysie totale des activités économiques du pays entre mi-août et mi-septembre en raison d’une pénurie de carburants.

    L’État haïtien, qui subventionne les carburants, ne parvient pas à honorer ses dettes de plusieurs millions de dollars aux compagnies pétrolières qui, faute de trésorerie, se retrouvent donc régulièrement dans l’incapacité d’approvisionner le marché national.

    Cette pénurie a attisé la colère populaire mobilisée depuis plus d’un an contre la corruption. Plusieurs scandales éclaboussent une large partie de la classe politique.

    Désertées faute d’essence, les rues des principales villes haïtiennes ont été gagnées par des manifestations violentes et se sont hérissées de barricades dressées par l’opposition qui réclame la démission du président Jovenel Moïse.

    “Plus dur que le séisme”

    En marge de ces cortèges, des pillages et incendies de commerces ont laissé leurs propriétaires aux abois. Très rares sont ceux étant assurés: les troubles politiques ne sont généralement pas couverts par des polices aux prix de toute façon rédhibitoires pour une large majorité des entrepreneurs.

    Fondée en 2006, Caribbean Craft emploie 150 personnes à l’année, 50 autres de façon saisonnière et travaille avec un réseau de 250 artisans.

    Mercredi matin, des dizaines d’employés se sont réunis dans la cour qu’avait notamment visitée ces dernières années les stars de la télévision américaine Oprah Winfrey et Conan O’Brien. Aujourd’hui, devant les bâtiments noircis, les traits des visages sont tirés, tous inquiets pour leur avenir.

    “On est dans un pays où il n’y a pas vraiment d’emploi. Je travaille ici depuis 20 ans: c’est ma stabilité dans un pays sans stabilité”, soupire Mona Surpris.

    “En 2010, on n’avait pas été autant frappé: on avait dû changer de local oui, mais là c’est plus dur que le séisme parce que vraiment on a tout perdu”, ajoute-t-elle en se remémorant les dégâts causés à l’entreprise par le tremblement de terre et ses plus de 200.000 morts.

    Climat des affaires délétère

    Proche de ses employés, la patronne de Caribbean Craft, Magalie Dresse, veut leur faire savoir qu’ils ne seront pas abandonnés, sans occulter la situation critique.

    “C’est une saison de Noël ratée or c’est notre plus grande période de commandes, surtout qu’on a juste renoué le contrat avec HomeGoods. (…) Tout est parti en fumée. Une commande de 89.000 dollars… Ce sont des chiffres qui font mal”, avoue la cheffe d’entreprise de 44 ans.

    Refusant de se laisser abattre, elle coordonne déjà la récupération du maigre stock pouvant être sauvé des cendres, tout en faisant appeler des fournisseurs.

    Magalie Dresse espère que l’épreuve qu’elle et les entrepreneurs victimes des pillages vivent pourra enfin attirer l’attention des dirigeants sur l’amélioration nécessaire du climat des affaires.

    “Tant que nous n’avons pas mis de l’ordre chez nous, personne ne viendra ici”, juge-t-elle avec sévérité.

    “Je garde espoir: je sais vendre mon pays, je sais vendre les gens qui ont du talent, l’artisanat haïtien… C’est malheureux que mon gouvernement ne sache pas ce que ça représente”, regrette Mme Dresse.

    Aucune étude estimant le coût de la crise n’est disponible et aucun dispositif d’indemnisation n’est prévu.

    Même pour faire entendre ses revendications, “il n’est pas normal de détruire des entreprises qui font la promotion de l’image du pays”, a déclaré cette semaine Bocchit Edmond, ministre des Affaires étrangères et nouveau ministre du tourisme d’Haïti.

  • Les acteurs et les causes de la crise en Haïti

    Les acteurs et les causes de la crise en Haïti

    Les principales villes haïtiennes vivent depuis un mois au rythme des manifestations de l’opposition et des barricades qui paralysent toute activité. La crise s’amplifie d’autant que les détracteurs du président haïtien refusent tout dialogue et que Jovenel Moïse est aux abonnés absents.

    – Pourquoi le président est-il si décrié?

    Dès son arrivée au pouvoir, en février 2017, Jovenel Moïse est confronté à la colère de l’opposition, qui a toujours refusé de reconnaître sa victoire à l’issue d’un processus électoral délicat.

    Le premier tour du scrutin présidentiel, organisé en octobre 2015, est annulé car le candidat arrivé en deuxième position, derrière M. Moïse, dénonce des fraudes.

    Réorganisée en novembre 2016, l’élection est remportée, dès le premier tour et avec plus de 55% des voix, par Jovenel Moïse. Il accède ainsi à la présidence avec une légitimité déjà contestée par une partie de la classe politique.

    Entrepreneur inconnu du public avant 2015, il choisit un de ses amis, Jack Guy Lafontant, un médecin n’ayant également aucune expérience de la gestion des affaires publiques, pour diriger son premier gouvernement.

    Mais début juillet 2018, leur décision d’augmenter de 38% le tarif de l’essence, 47% celui du diesel et 51% celui du kérosène déclenche trois jours d’émeutes.

    Et quand la Cour supérieure des comptes annonce, en mai 2019, que des entreprises dirigées par Jovenel Moïse avant sa prise de fonction ont été impliquées dans “un stratagème de détournements de fonds”, le fossé se creuse davantage entre la population et le dirigeant haïtien.

    La contestation s’amplifie à la fin du mois d’août et prend une tournure violente à la suite d’une pénurie de carburant.

    Depuis, le président Moïse se fait extrêmement discret.

    Il est apparu publiquement pour la première fois dans la rue jeudi dernier lorsque, avec son épouse, ils se sont arrêtés sur le trajet entre leur domicile et le palais présidentiel pour passer quelques minutes auprès de marchandes, sous la protection de policiers lourdement armés.

    Le président haïtien n’a pris qu’à une seule reprise la parole en un mois, le 25 septembre. Dans une allocution pré-enregistrée et diffusée à la télévision d’Etat à 2H00 du matin heure locale, Jovenel Moïse a proposé une “trêve historique”, mais son appel au dialogue n’a provoqué qu’une fin de non-recevoir de la part de ses détracteurs.

    – Quelles sont les revendications des manifestants?

    Les cortèges, qui rassemblent souvent plusieurs milliers de personnes, ont comme premier mot d’ordre la démission immédiate du président. Mais l’opposition n’a pas formulé de propositions claires pour gérer la transition en cas de vacance du pouvoir et les différents partis derrière les manifestations ne parviennent pas à s’entendre.

    Nombre de manifestants continuent d’exiger la transparence dans la gestion de l’aide offerte par le Venezuela à Haïti entre 2008 et 2018, dans le cadre du programme Petrocaribe, initiative de l’ancien président Hugo Chavez qui permit à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes d’acquérir des produits pétroliers à un prix avantageux.

    Les manifestants réclament ainsi la poursuite en justice de toutes les personnes –président inclus– qui seraient impliquées dans la mauvaise gestion sinon le détournement de plus de deux milliards de dollars américains.

    – Au-delà du président, une crise plus profonde?

    “Les 20% les plus riches d’Haïti contrôlent plus de 60% des richesses et les 20% les plus pauvres ont moins de 2% des richesses. Cette cohabitation de villas et de bidonvilles est une situation explosive, un cocktail extrêmement dangereux”, analyse l’économiste haïtien Kesner Pharel.

    “On ne pourra pas résoudre cette crise avec des inégalités économiques si profondes”, ajoute-t-il.

    L’histoire récente d’Haïti, pays comptant parmi les plus inégalitaires au monde, est marquée par l’instabilité politique et le mandat de Jovenel Moïse ne fait pas exception. Quatre Premiers ministres ont été nommés en deux ans et demi de mandat et, depuis sept mois, le pays n’est dirigé que par un gouvernement démissionnaire.

    “Le package prévu par le Fonds monétaire international n’a pas été décaissé cette année, le support budgétaire de l’Union européenne également car la communauté internationale exigeait qu’il y ait un gouvernement et un budget voté au Parlement, ce qui n’a jamais été fait”, rappelle M. Pharel.

    Sans cette aide au développement, Haïti ne peut subvenir aux besoins humanitaires de sa population, dont plus de 60% survit avec moins de deux dollars par jour.

    Face aux nombreux scandales de corruption, ne voyant pas les conditions de vie s’améliorer, une grande partie de la population se détourne de la politique: seuls 21% des électeurs sont allés voter aux dernières élections en 2016.

    Amélie Baron

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