Atelier de blindage. Photo : Ayibopost / Jameson Francisque
Pour le moment, la compagnie blinde entre 50 et 100 véhicules par année, mais Laurent Tesserot prévoit déjà que le marché va augmenter de plus en plus. «Quand l’insécurité est au plus bas, nous n’avons pas beaucoup de demandes. Par exemple, un concessionnaire peut vendre plus de 50 voitures dans une année, et la Blindhasa ne reçoit qu’un seul client parmi eux. Mais dans les périodes difficiles, quand l’insécurité est en hausse, même si les concessionnaires vendent moins de voitures, nous avons plus de clients. »
Un luxe inaccessible aux petites bourses
Il faut beaucoup d’argent pour blinder son véhicule. Pour Blindhasa, les prix varient entre 25 000 $ et 65 000 $ US, selon le niveau choisi. Pourtant, malgré le coût, 80 % de la clientèle de l’entreprise est constituée de propriétaires privés. Seuls 20 % des véhicules blindés appartiennent à l’État, selon Leonardo Gravina. Laurent Tesserot affirme que les particuliers sont les premiers clients de Blindhasa, en termes de quantité de voitures blindées.
Raina Forbin confirme que le blindage peut coûter cher. Le prix peut grimper jusqu’à 35 000 $, tout dépend des choix du propriétaire. «Nous offrons seulement le B4 il est vrai, mais il y a plusieurs paliers dans le niveau 4. Le propriétaire peut décider quelle partie du véhicule il souhaite protéger.» Ce n’est pas l’activité principale de l’entreprise spécialisée en location de voitures, mais en moyenne annuelle, une dizaine de véhicules passent par ses ateliers.
De la Honda Accord à la Toyota Prado
La plupart des véhicules peuvent être blindés. Mais comme l’opération ajoute un poids supplémentaire, le moteur du véhicule doit être prêt à le supporter, surtout dans un pays montagneux comme Haïti. Selon le manager de la Blindhasa, les SUV 4×4 sont très fréquemment concernés. Des marques comme Toyota, Jeep, Ford, Mazda, Suzuki etc. sont une part importante de la clientèle.
Cependant, certaines voitures ne peuvent pas recevoir un niveau de blindage élevé. La Toyota Prado 2018, autre voiture très remarquée dans les rues d’Haïti, ne peut pas subir un blindage supérieur au B4, à cause de son moteur trop petit, d’après Leonardo Gravina.
Atelier de blindage. Photo : Ayibopost / Jameson Francisque
Armor International, la marque que représente la Socoprosa en Haïti, peut blinder un véhicule, quel qu’il soit. Selon Raina Forbin, en Colombie même des Honda Accord ont subi le processus. Il suffit que le prototype ait déjà été développé par Armor International.
Comment avoir un blindé
Pour blinder sa voiture, le particulier a jusqu’à trois options. Il peut l’importer directement, déjà blindée, sans passer par les concessionnaires de véhicules ; il peut apporter sa voiture non encore blindée à une compagnie spécialisée dans le domaine comme la Socoprosa ou la Blindhasa ; pour finir, il peut en commander une auprès des concessionnaires.
Toutefois, explique Leonardo Gravina, cette dernière option renvoie à la deuxième. Les concessionnaires de véhicules n’importent pas de voitures blindées, pour ne pas perdre la garantie qui accompagne chaque véhicule. Ils ne font que les apporter aux compagnies spécialisées, avant de les délivrer aux clients.
Un véhicule blindé est un nouveau véhicule
Le blindage ajoute un poids supplémentaire au poids original du véhicule. Cela modifie considérablement son comportement face à certaines situations. Pour quelqu’un qui habite en hauteur, la conduite doit être légèrement modifiée. «Il faut surtout surveiller le freinage, avertit Raina Forbin. Les freins s’usent plus rapidement quand la voiture est blindée ; il faut compresser le moteur au lieu de freiner à tout va.»
Leonardo Gravina prévient aussi qu’il faut adapter ses habitudes à la voiture. «Trop de chauffeurs ne font que détruire les blindés qu’ils conduisent, déplore-t-il. Ils devraient suivre une formation spéciale. »
Atelier de blindage. Photo : Ayibopost / Jameson Francisque
Les suspensions d’un blindé sont très affectées à cause du poids du blindage. «Comme la voiture supporte une charge supplémentaire, dit le manager de la Blindhasa, il faut contrebalancer en installant des suspensions spéciales. Les roues ne sont pas négligées non plus. Nous y intégrons des pneus spéciaux Runflat, si le client en fait la demande. Ils permettent au conducteur de continuer à rouler sur une certaine distance, même s’ils ont été atteints de projectiles.»
Plusieurs attaques ont déjà été perpétrées en Haïti contre des détenteurs de blindés. L’une des plus récentes et des plus médiatisées, a été commise contre le véhicule de l’ex-Premier ministre, Jean Henry Céant, alors qu’il était candidat à la Présidence, en 2016.
Source: Ayibopost