Une initiative nationale pour documenter les atrocités, accompagner les victimes et poser les bases d’un mécanisme durable de réparation et d’indemnisation.

Elles sont souvent réduites à des chiffres. Dans les rapports. Tout type de rapports. Rapports sur les catastrophes naturelles. Les crises humanitaires. Encore moins sur l’insécurité qui ronge le pays depuis plus qu’une décennie. Pourtant, derrière chacune des victimes se trouve une histoire, une famille anéantie et un préjudice qui ne disparaît pas avec le temps. C’est pour répondre à cette réalité que l’Institut National pour la Défense des Droits Économiques, Sociaux et Culturels (INDDESC) lance, ce mardi 15 septembre, à l’Hôtel Montana, de 9h à 12h, son « Initiative pour la mémoire, la justice et l’indemnisation des victimes de l’insécurité des gangs armés en Haïti », pour documenter les atrocités, accompagner les victimes et poser les bases d’un mécanisme durable de réparation et d’indemnisation.

La décision intervient dans un contexte marqué d’une multiplication des violences, des déplacements forcés et des atteintes graves aux droits humains. Selon les données citées dans le projet, près de 1,5 million de déplacées sont enregistrés à l’intérieur du pays en juin 2026, tandis que plus de 5,8 millions d’Haïtiens font face à un niveau élevé d’insécurité alimentaire entre mars et juin 2026. Derrière ces chiffres, se trouvent des milliers de personnes et de familles confrontées à la perte d’un et de plusieurs proches, à la destruction de leurs biens, au déplacement et à des traumatismes dont les conséquences se prolongent au-delà des épisodes de violence.

Pour l’INDDESC, l’une des urgences consiste désormais à documenter les atrocités et à préserver la mémoire des victimes. L’impunité qui accompagne une grande partie des violences commises par les groupes armés contribue, selon l’organisation, à effacer progressivement les traces des crimes et à priver les victimes et leurs familles de reconnaissance, de justice et de réparation.

Un nom et une place aux victimes

L’Initiative prévoit ainsi la mise en place d’un Livre Rouge, destiné à documenter de manière rigoureuse les violations commises dans différentes régions du pays. Cette démarche doit être accompagnée d’un système national de prise en charge des victimes et d’un Registre National, permettant notamment de recueillir et de conserver les informations relatives aux victimes et aux préjudices subis. L’objectif n’est donc pas uniquement de dresser une liste des atrocités. Il s’agit également de redonner une identité, une visibilité et une dignité aux victimes, afin que leurs histoires ne disparaissent pas dans les statistiques de la crise.

L’initiative entend également apporter une réponse sur le terrain juridique. L’INDDESC, comme structure de droits humains,prévoit la mise en place d’un dispositif d’assistance juridique gratuite destiné aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’un travail de plaidoyer auprès des institutions concernées. Ces recommandations seront regroupées dans un « Livre Vert », qui devrait constituer un instrument de plaidoyer et de dialogue institutionnel autour des mécanismes de justice et de réparation.

À plus long terme, le projet prévoit une « Phase Jaune de transition », devant conduire à l’institutionnalisation d’un mécanisme permanent de réparation. Celui-ci serait porté par une future Direction de Gestion du Fonds National d’Indemnisation des Victimes de l’Insécurité (FNIV). Une architecture qui traduit une volonté de dépasser la seule dénonciation des violences pour réfléchir à un système permettant aux victimes d’obtenir, à terme, reconnaissance, accompagnement et réparation.

Avec cette Initiative, l’INDDESC entend ainsi ouvrir un débat national sur une question longtemps reléguée au second plan : que devient une société lorsque les victimes de graves violences ne sont ni reconnues, ni entendues, ni réparées ? Le lancement de cette démarche entend précisément apporter une première réponse : aucune politique durable de sortie de crise ne peut faire l’économie de la mémoire, de la justice et de la réparation des victimes.

Joe Antoine Jn Baptiste

 

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