14 Aout nous souvenir, comprendre et agir, 14 août ne doit pas être seulement une date que nous commémorons. Il doit être un moment où un peuple s’arrête, regarde son histoire avec lucidité et se demande : qu’allons-nous faire de l’héritage que nos ancêtres nous ont laissé ?
La bravoure de nos ancêtres ne doit pas devenir un simple récit héroïque répété chaque année. Elle doit nous rappeler une vérité fondamentale : un peuple qui prend conscience de sa responsabilité peut changer le cours de son histoire.
Mais aujourd’hui, notre responsabilité est aussi de faire la différence entre le sensationnalisme et la réalité, entre les récits émotionnels et les faits historiques, entre les slogans qui nous exaltent et les vérités qui nous obligent.
L’HISTOIRE DOIT NOUS ÉCLAIRER, PAS NOUS AVEUGLER
Le 14 août 1791 est associé à la cérémonie de Bois Caïman, traditionnellement considérée comme un moment fondateur du soulèvement qui allait conduire à la Révolution haïtienne.
Nous devons honorer cette mémoire, mais nous devons également apprendre à l’étudier avec sérieux.
Notre histoire mérite mieux que les exagérations, les légendes transformées en vérités absolues et les récits construits uniquement pour provoquer l’émotion.
Décanter le sensationnel du réel ne signifie pas diminuer la grandeur de nos ancêtres. Au contraire, c’est respecter suffisamment leur combat pour vouloir connaître les faits.
Car un peuple qui ne connaît son histoire qu’à travers des slogans peut facilement être manipulé.
NOS ANCÊTRES ONT COMPRIS UNE CHOSE
Ils vivaient dans un système qui leur refusait la dignité, la liberté et la reconnaissance de leur humanité.
Face à cette réalité, ils ont compris que leur destin ne pouvait pas être abandonné entre les mains des autres.
Aujourd’hui, notre combat n’est plus celui de 1791.
Mais notre responsabilité demeure.
Notre génération doit affronter ses propres défis : l’ignorance, la désinformation, l’indifférence, la corruption, la violence, l’exclusion, la fragilité de nos institutions et la perte progressive du sens de l’intérêt collectif.
Nous ne pouvons pas constamment demander à l’histoire de nous sauver.
À chaque génération revient la responsabilité de livrer sa propre bataille.
À MA GÉNÉRATION : RESTONS VIGILANTS
Je lance aujourd’hui un appel à ma génération.
Ne croyons pas tout ce que nous voyons.
Ne partageons pas tout ce que nous recevons.
Ne transformons pas chaque émotion en vérité.
Ne confondons pas popularité et compétence.
Ne confondons pas discours patriotique et patriotisme.
Ne confondons pas bruit médiatique et engagement citoyen.
Et surtout, ne laissons personne penser à notre place.
La vigilance citoyenne n’est pas une opposition permanente. C’est la capacité de questionner, de vérifier, de comprendre et de prendre position avec responsabilité.
Notre génération doit apprendre à lire les faits, à consulter les sources, à écouter les différentes opinions et à construire ses propres convictions.
NOUS AVONS BESOIN D’UNE NOUVELLE BRAVOURE
La bravoure de notre époque ne consiste pas seulement à crier plus fort.
Elle consiste parfois à dire : « Je ne sais pas encore, je vais vérifier. »
Elle consiste à reconnaître une erreur.
À défendre quelqu’un que l’on n’aime pas lorsque ses droits sont bafoués.
À refuser la corruption lorsqu’elle nous arrange.
À protéger le bien commun lorsque personne ne regarde.
À participer à la vie publique.
À voter avec conscience.
À demander des comptes.
À étudier.
À entreprendre.
À servir.
À construire.
Notre génération doit passer de la réaction à l’action, de l’indignation à l’organisation, du commentaire à la responsabilité.
LE PEUPLE DOIT REPRENDRE SA PLACE
Un pays ne se transforme pas uniquement dans les palais, les ministères ou les bureaux.
Il se transforme aussi dans les écoles, les universités, les entreprises, les organisations, les familles, les quartiers et dans chaque espace où un citoyen décide de faire sa part.
Le peuple n’est pas un spectateur de son histoire.
Le peuple est un acteur de son histoire.
Et si nous voulons réellement honorer ceux qui nous ont précédés, nous devons cesser de seulement célébrer leur courage.
Nous devons développer le nôtre.
Que ce 14 août soit donc plus qu’une commémoration.
Qu’il soit un rappel.
Un rappel que la liberté a une histoire.
Un rappel que la dignité se défend.
Un rappel que l’indépendance n’est pas seulement un héritage : c’est une responsabilité permanente.
À mon peuple.
À ma génération.
À celles et ceux qui refusent de subir leur époque sans chercher à la comprendre :
Soyons vigilants.
Informons-nous.
Vérifions.
Questionnons.
Organisons-nous.
Servons notre communauté.
Défendons la vérité.
Protégeons notre patrimoine.
Et surtout, préparons-nous à prendre nos responsabilités.
Parce que nos ancêtres ont livré leur bataille.
À nous maintenant de livrer la nôtre.
14 août : ne nous contentons pas d’honorer notre histoire. Apprenons d’elle. Et faisons en sorte que notre génération mérite, elle aussi, une place dans l’histoire.
GeorGes Allen
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